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2/2 — Des Chiliens du Québec racontent l’art et le féminisme derrière le soulèvement populaire

Publié le 06 juillet 2021
Photo : Jose Pereira, Creative Commons

Alors que le Chili se transforme et se libère d’une Constitution héritée de la dictature d’Augusto Pinochet, la diaspora du Québec s’anime. Et ce mouvement est dominé par la création artistique, mais aussi par l’émancipation des femmes. Des Chiliens et des Chiliennes installés au Québec se racontent. Seconde partie de notre série.

« On commence à voir les femmes comme des êtres humains », explique Carolina Lopez. Arrivée au Canada en 2008, elle a suivi son mari à Toronto d’abord, avant de partir pour Vancouver. Elle poursuit ses études de psychologie jusqu’à son arrivée à Montréal il y a plus de deux ans. Elle s’y sent chez elle, et peut affirmer toutes les identités qu’elle a accumulées au fil de ses différentes migrations. « Montréal sent comme une mère chaleureuse et calme. Vancouver est plus la mère froide qui ne t’embrasse pas quand tu la vois », compare-t-elle, inspirée.

Aujourd’hui, elle réalise aujourd’hui que la société chilienne est « pesante ». Entre l’esprit de compétition, l’importance de la classe sociale, la nécessité de contrôler ses émotions ou de ne pas dévier de la norme, le manque de sécurité, elle est très critique vis-à-vis de son pays d’origine. « On décide pour nous [les femmes] qui on doit être. Celles qui n’ont pas d’enfant sont vues comme étant perdues », raconte Carolina à propos du statut des femmes au Chili.

Selon elle, les classes populaires ont eu l’habitude de tout garder pour elles, de « travailler, sans réfléchir », sans recevoir trop d’éducation. Sa mère a seulement terminé le primaire, par exemple. « C’est pour cela qu’il y a une explosion en ce moment, on ne peut pas se retenir davantage. C’est le désespoir qui a créé les révoltes », poursuit-elle.

Les femmes non plus ne se retiennent plus : leur participation est massive depuis octobre 2019. Avec tout cela, elle a véritablement l’espoir que les choses changent — même s’il reste du chemin à parcourir, en témoigne la chanson de LasTesis qui dénonce aussi les abus sexuels faits aux femmes durant les manifestations.

Culpabilité

Pour Barbara Zurita-Velasquez, les changements qui s’opèrent au Chili sont précieux, car ils réunissent toute la population. « Pour la première fois, on est ensemble, réveillés. Le soulèvement touche tout le monde », se réjouit-elle.

Originaire de Valparaiso, dans le sud du Chili, elle rêve d’être formatrice d’artistes et de vivre à Montréal depuis des années. C’est là qu’elle vit depuis 2019.

Depuis le début du mouvement, elle est frappée par deux choses : l’art omniprésent, mais aussi la violence de la répression policière. « Mon cerveau a collapsed. Ça m’a beaucoup touché. Je me suis sentie dans une situation privilégiée, de ne pas être au Chili avec ma famille, ma sœur enceinte, sous les gaz lacrymogènes, avec les gens qui perdent leurs yeux », raconte-t-elle avec émotions.

Cette culpabilité, Barbara l’a ressentie pendant longtemps. Elle n’a pas rompu de lien avec son pays d’origine. « J’ai toujours planifié de passer six mois au Québec ou au Chili et six mois au Brésil, par exemple », affirme-t-elle. Il est pour elle crucial de rester proche de ses origines, qu’elle inclut partout : « elles se retrouvent dans mon travail, mes blagues, la musique, la nourriture. »

Fierté à transmettre

C’est aussi l’art qui marque la vie et l’identité de Gerardo Sanchez. Il arrive en 1977, pendant la dictature de Pinochet, alors qu’il a 20 ans. « J’ai fait les camps de concentration [camps pour les opposants politiques], car j’étais membre de la jeunesse communiste. Je suis arrivé ici grâce à Amnistie internationale », raconte-t-il. Il est aujourd’hui professeur de tango et fondateur du Festival international de tango de Montréal.

Il a toujours assumé qu’il venait d’un pays en dictature. Militant dans l’âme, il veut « sensibiliser les gens ». « Aujourd’hui, je retrouve une fierté, car le pays se réveille. Les jeunes veulent changer le pays. Nous, en 1973, nous n’avons pas pu », raconte le père de famille en référence à la censure et à la répression imposées par la dictature.

Il est désormais fier de ses deux identités — et en paix. Une sérénité qu’il met en pratique dans son travail, à travers la danse et le théâtre. Il retourne tous les ans au Chili, dans sa petite maison au sud du pays, où on l’appelle « le Canadien ».

Cet attachement pour les deux pays, il a réussi à le transmettre à ses enfants : « Je voulais qu’ils se sentent principalement francophones, et que le Chili soit un choix. C’est devenu une fierté pour eux, d’être Chiliens. C’est leur deuxième pays. »

Que ce soit par la danse comme Gerardo ou à travers l’art, l’action politique ou la nourriture pour les autres, les changements qui s’opèrent au Chili inspirent sa diaspora à davantage inclure des parts de leur pays d’origine à leur pays d’adoption.

Chronologie :

  • 1970 : Élection du président socialiste Salvador Allende
  • 1973 : Coup d’État d’Augusto Pinochet. Le projet de nationalisations de redistribution des terres est remplacé par un régime dictatorial et néolibéral.
  • 1990 : Fin de la dictature, mais la Constitution reste en vigueur
  • 25 octobre 2019 : Début des manifestations
  • 15 et 16 mai 2021 : Élection de l’assemblée constituante
  • 21 novembre 2021 : Élection présidentielle
Auteur : Marine Caleb
Journaliste indépendante, Marine est aussi cofondatrice du podcast Voix libres, de la Revue L’Esprit libre. Son parcours l’a amenée à travailler en France, au Liban, mais aussi en Israël/Palestine. Passionnée par l’Afrique, le Moyen-Orient et par les questions liées aux migrations et aux minorités.
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