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Francisation : de l’adaptation à l’innovation

Publié le 18 mai 2021

Le secteur de la francisation n’a pas été épargné par la COVID-19. Mais plutôt que de se laisser abattre par les contraintes sanitaires, certains acteurs du milieu ont saisi l’occasion pour mettre à profit les outils du numérique et des approches innovantes pour continuer à servir dans les meilleures conditions les populations en demande d’accompagnement et de perfectionnement en français.

En 2021, 56 % des nouveaux arrivants devraient connaître le français au moment de leur admission au Québec, d’après les estimations du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI). Pour ceux qui souhaitent s’établir dans la province sans en maitriser la langue, pas de panique : l’élargissement des services gouvernementaux de francisation est au programme du Plan d’immigration du Québec 2021.

Si plus de la moitié des personnes immigrantes ont déjà un bon niveau de français à leur arrivée au Québec, les allophones ont accès aux cours gratuits offerts par le MIFI, voire sont subventionnés pour y assister. En plus de pouvoir suivre des cours dans les universités, les nouveaux arrivants peuvent également se tourner vers les nombreux centres de formation privés.

Apprendre malgré la pandémie

Conseillère pédagogique en francisation dans une université de Montréal, Claire a observé une diminution des inscriptions depuis le début de la pandémie, qu’elle explique par la baisse des arrivées au pays, mais aussi par les inquiétudes que peut provoquer l’enseignement à distance. Pourtant, Claire voit plutôt d’un bon œil les possibilités qu’a permises l’utilisation du numérique dans l’apprentissage du français : « j’ai l’impression que le fait qu’il y ait plus d’options dans les méthodes d’enseignement, plus de diversité, c’est positif pour les élèves », soutient-elle, ajoutant que le numérique peut permettre de développer des pratiques plus inclusives.

Avant la pandémie, certaines écoles privées offraient déjà des cours à distance, souligne quant à lui Yohann Cesa, professeur privé de français langue seconde. « C’est une pratique surtout répandue auprès de personnes qui ne sont pas encore au Québec, mais préparent leur immigration », explique-t-il, rappelant que pour obtenir un Certificat de sélection ou d’acceptation du Québec (CSQ ou CAQ), la plupart des candidats doivent démontrer qu’ils possèdent un niveau 7 sur l’Échelle québécoise des niveaux de compétence en français des personnes immigrantes adultes.

À l’image de leurs élèves, les professeurs de français langue seconde n’ont pas eu le choix de s’adapter. En plus de Zoom, des plateformes comme des plateformes comme Moodle, Microsoft Teams et Google Classroom se sont popularisées. Pour Judith Girardin, « ces plateformes permettent de diversifier l’enseignement et de proposer des exercices d’apprentissage interactif », plus adaptés à la réalité de la francisation dans les régions, notamment. À l’extérieur des grandes villes, « les contextes d’apprentissages sont très multiniveaux, explique la conseillère pédagogique Centre de services scolaires de la Rive-du-Nord, et le numérique nous permet de proposer d’offrir un enseignement plus adapté », renchérit-elle.

Bénéfique, le numérique ?

L’enseignement plus adapté aux besoins des élèves n’est pas le seul avantage du numérique. Il peut également permettre aux non-lecteurs de poursuivre leur apprentissage du français oral sans maitriser la lecture, par exemple. Des plateformes comme Edpuzzle, Quizlet ou Flipgrid permettent aux nouveaux arrivants d’apprendre le français de manière ludique, en complément de leurs cours ou avant d’arriver sur le territoire.

Même si certaines personnes immigrantes ont un accès limité aux ressources numériques, généralement faute de moyens économiques, Mme Girardin estime qu’il y a des avantages à utiliser de nouvelles technologies dans l’enseignement : « rendre accessibles les compétences numériques, ça favorise l’intégration ! »

Lorsque la situation sanitaire se sera normalisée, Claire espère que les investissements du MIFI dans le développement des outils du numérique et la formation de personnel continueront à payer. En attendant, son équipe et elle travaillent d’arrache-pied pour briser l’isolement des nouveaux arrivants, en multipliant les activités de socialisation en ligne. « On a vraiment essayé de faire en sorte qu’ils puissent voir qu’il y a d’autres gens qui sont comme eux, qu’il y a d’autres gens qui ne parlent pas encore parfaitement français, raconte-t-elle au téléphone. C’est important qu’ils sachent qu’ils ne sont pas tout seuls là-dedans. »

Auteur : Adèle Suprenant
Adèle Surprenant est journaliste indépendante. Elle a travaillé en Amérique du Nord, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Europe, et s’intéresse aux questions liées à la migration, au travail et aux mouvements sociaux.
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