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Les objectifs 2021 de l’immigration au Québec sont-ils réalistes ?

Publié le 10 décembre 2020
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On savait que l’année 2020 avait fortement perturbé l’immigration au Québec. On a désormais une idée plus précise de l’impact de la Covid-19 sur les chiffres de l’immigration au Québec. Sur les 43 000 à 44 500 nouveaux immigrants attendus en 2020, le MIFI estime que le Québec a connu un déficit de 30 % à 40 %, ce qui représente entre 13 000 et 18 000 personnes en moins par rapport à ce qui était prévu. Même s’il s’agit de clientèles différentes, fédérales et non provinciales, le chiffre est tristement ironique, en vérité.

Mais les incertitudes qui pèsent toujours sur l'année 2021 n’ont pas semblé inquiéter le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, qui s’est voulu rassurant lors du dépôt de son plan d’immigration 2021 à l’Assemblée nationale, le 29 octobre dernier.

Le double engagement du MIFI pour 2021

Selon le communiqué du ministère, deux engagements importants ont été pris à cette occasion.

Le premier est que les seuils d’immigration pour l’année 2021 sont maintenus, comme prévu dans la planification 2020-2022. Le Québec s’engage donc à accueillir entre 44 500 et 47 500 personnes immigrantes (permanentes) admises.

Le second est un rééquilibrage, sur deux ans, des admissions qui n’ont pu avoir lieu en 2020 à cause de la pandémie. Ce rééquilibrage atteindra 7 000 personnes en 2021, qui viennent s’ajouter à celles normalement attendues.

Ces considérations portent ainsi le nombre total de personnes admises l’an prochain entre 51 500 et 54 500 — soit potentiellement juste en deçà du record de 2012, année durant laquelle le Québec avait enregistré un peu plus de 55 000 nouveaux immigrants permanents.

Comment trouver 54 500 nouveaux résidents permanents ?

Une annonce louable, mais qui pose toutefois une question : où le Québec compte-t-il trouver autant de monde, alors que

  • les frontières sont toujours fermées,
  • les restrictions de voyage au Canada, même légèrement réaménagées, demeurent contraignantes,
  • la disponibilité effective et à grande échelle au Québec d’un vaccin à la Covid-19 est toujours incertaine,
  • le Programme de l'expérience québécoise (PEQ) a connu ses derniers beaux jours en 2020, en permettant au passage au MIFI de dépasser ses objectifs de sélection permanente ; mais la sélection permanente au Québec ne confère pas un statut, et la réforme du PEQ, entrée en vigueur en pleine pandémie, va handicaper les quelques travailleurs et étudiants étrangers temporaires qui auront réussi à entrer sur le territoire depuis juillet 2020,
  • le volet régulier de la sélection permanente par le Québec, via la plateforme ARRIMA, ne fournit, a priori, pas les résultats escomptés. Le MIFI a annoncé avoir invité, le 24 septembre 2020, un nombre record de candidats à présenter un dossier de sélection permanente : 365 personnes. Quant au nouveau Portail employeurs, tout juste lancé en novembre 2020, il est encore trop tôt pour juger de son impact sur le fonctionnement d'ARRIMA.

Or, comme nous l’avons déjà dit dans un précédent billet, si la sélection permanente au Québec ne fonctionne pas, c’est toute la machine de l’immigration permanente dans la province qui s’enraye. Traditionnellement, la part des admissions qui découlent d'une sélection par le Québec est la plus importante (près de 70 % en 2018). Sans sélection permanente préalable, point de candidats québécois à la résidence permanente (RP) au fédéral — et donc pas de nouvelles personnes admises, en-dehors des regroupements familiaux et les réfugiés et demandeurs d'asile, qui dépendent du fédéral directement.

Reste un bassin privilégié de candidats à exploiter : les dizaines de milliers de personnes déjà sélectionnées par le Québec, dont la demande de résidence permanente au fédéral est toujours en cours de traitement dans les bureaux d’IRCC, parfois depuis plusieurs années. La pandémie aidant, on atteint aujourd’hui un total estimé de 27 000 dossiers en attente, qui prend l’apparence d’un immense lac de retenue devant le barrage de l’immigration permanente au Québec. Québec peut-il espérer profiter de cette manne en 2021, alors que le contrôle des vannes relève, à ce stade, du fédéral ?

Québec pourrait avoir du mal à faire entendre sa voix

Voilà deux ans que le gouvernement du Québec mise sur l’immigration temporaire pour répondre aux « besoins actuels de l’économie » de la province. Il s’est jusqu’alors accommodé de la lenteur infligée par IRCC aux demandes de RP présentées par les personnes sélectionnées de façon permanente par le Québec, et pour cause : elle n’est que la conséquence de l’accord passé fin 2018 entre Ottawa et Québec pour permettre à la province francophone d'abaisser ses seuils d’immigration en-dessous du niveau auquel elle est normalement engagée. Ce même accord qui a permis à Québec de diminuer le nombre de personnes admises sur son territoire de 51 118 en 2018 à 40 565 en 2019 (chiffres du MIFI), un phénomène qui n’a pu se produire que par le gel du traitement des demandes par IRCC, dès lors que les seuils voulus par Québec ont été atteints.

Mais inverser cette tendance ne sera pas chose aisée. L’État fédéral, qui peine déjà à traiter les demandes en cours, a lui aussi annoncé une hausse historique des seuils d’immigration pour les années 2021-2023 dans l’ensemble des provinces, en appui à la reprise économique du pays. Plus encore : il a annoncé son intention de favoriser l'immigration francophone dans les autres provinces que le Québec. Dans ce contexte, les chances qu’Ottawa offre un nouveau traitement de faveur à Québec sur la question migratoire sont, par conséquent, assez faibles.

Québec entend « garder le cap » sur ses seuils d’immigration. Mais de la façon dont les choses sont engagées, le gouvernement aura déjà fort à faire pour atteindre son objectif minimal de 44 500 nouveaux admis en 2021. Québec va devoir se battre s’il souhaite regagner le contrôle de son immigration permanente, sachant qu'IRCC ne saurait porter seul la responsabilité d'un éventuel déficit de personnes admises l'an prochain.

La seule certitude est que, définitivement, l'immigration est replacée positivement au centre des préoccupations des gouvernements du Québec et du Canada. Le système va devoir se remettre en marche - voire, à certains égards, en profiter pour se moderniser - et c'est une bonne nouvelle pour toutes les personnes immigrantes, déjà présentes sur le territoire ou qui envisagent de s'y installer.

Accéder au communiqué du MIFI.

Auteur : Basile Moratille
Responsable des publications et des contenus éditoriaux, Immigrant Québec et Immigrant Québec Pro
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