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Partenariats entre établissements d’enseignement et entreprises : une voie d’avenir pour la rétention des étudiants étrangers ?

Publié le 10 mars 2021

Si le phénomène des partenariats entre le secteur de l’éducation et les entreprises n’est pas nouveau, il semble prendre de l’ampleur depuis quelques années, notamment en région. Pour les étudiants étrangers, cela pourrait être une porte ouverte au marché de l’emploi. Mais de telles alliances posent aussi certaines questions.

Avec la réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), il est devenu important de penser un projet d’études sur le long terme. Cela est vrai autant pour les étudiants étrangers qui souhaitent rester au Québec au-delà de leur permis de travail postdiplôme, que pour les régions qui souhaitent attirer et retenir les jeunes diplômés étrangers. Désormais, l’étudiant étranger doit penser très tôt à l’accès à un travail après ses études. Or, sous le double effet de la pandémie et de la pénurie sectorielle de main-d’œuvre, le marché de l’emploi s’est contracté. 

Face à cette réalité, les régions sont elles aussi impactées, et à travers elles, leurs entreprises, ainsi que leurs universités et Cégeps. Tous tentent de se réinventer pour attirer et garder les travailleurs, mais aussi les étudiants étrangers. 

L’éducation supérieure et à la recherche reposant déjà fortement sur les capitaux privés, il semble que collaborer avec l’industrie soit avantageux pour les deux parties. « Beaucoup d’entreprises font des partenariats avec des programmes pour recruter des étudiants », estime Shengrui Wang, professeur-chercheur au département d’informatique de l’Université de Sherbrooke. Mais face à ce nouveau modèle d’éducation, qu’en est-il des étudiants étrangers ?

Un attrait pour les étudiants étrangers ?

Après son installation au Saguenay, l’entreprise de jeux vidéo Ubisoft s’est associée avec les différents établissements d’enseignement supérieur régionaux comme l’UQAC ou le Cégep de Jonquière. Dans ce dernier, le partenariat a aussi fait grossir les rangs d’étudiants étrangers dans les programmes pouvant déboucher sur l’industrie du jeu vidéo et de la programmation informatique. « En première année, presque la moitié viennent de France. En tout, ils représentent le tiers des étudiants », explique Joane Bilodeau, enseignante en intégration multimédia au Cégep de Jonquière.

À Sherbrooke, cela fait trois ans que Shengrui Wang collabore avec Laplace Insights, une PME de recherche en intelligence artificielle. Cela a permis le recrutement de stagiaires de premier cycle, ainsi que de chercheurs en maîtrises, doctorat et en postdoctorat. « Les étudiants étrangers représentent la grande majorité de l’équipe. 50 % ont un visa étudiant, d’autres ont un autre statut d’immigration », détaille Shengrui Wang.  

Un emploi assuré ? 

Le partenariat a permis de débloquer des postes de recherche, mais aussi des emplois. M. Wang est persuadé que ce modèle peut être une porte ouverte à un emploi en entreprise. Laplace Insights a déjà recruté un étudiant et quelques postes semblent être prévus pour l’année prochaine. « Après leurs études, certains sont allés travailler en industrie. L’une de ces anciennes étudiantes est même devenue notre porte-parole dans sa société et nous transfère des projets », affirme-t-il pour expliquer que de plus en plus d’entreprises sont amenées à collaborer avec son équipe. 

Un attrait de taille dans un contexte où une expérience de travail est désormais demandée aux étudiants qui souhaitent accéder à la sélection permanente par le Québec via le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) — Personne diplômée du Québec, qui nécessite notamment la preuve « d’une expérience de travail à temps plein d’au moins 12 mois ».

Une expérience concrète

Au Saguenay, les étudiants de Mme Bilodeau ont choisi le programme pour l’expérience, pas seulement pour les perspectives d’emploi chez Ubisoft. « Il y en a pour qui Ubisoft est un rêve, mais d’autres aspirent à travailler pour d’autres entreprises, aussi », raconte Joane Bilodeau. En effet, la collaboration d’une entreprise auprès des étudiants peut être un sérieux atout pour ces derniers, qui acquièrent des compétences techniques et spécifiques. 

Mme Bilodeau a par exemple monté un projet d’interface graphique long de cinq semaines. Ubisoft a fourni des images et des employés sont venus au Cégep pour expliquer leur fonctionnement. « Ça rend l’apprentissage plus concret et ça motive les étudiants », raconte-t-elle. 

Des dérives sont-elles possibles ? 

En région, de tels partenariats entre programmes et entreprises semblent être une bonne nouvelle pour les finances des établissements, la main-d’œuvre des entreprises, mais aussi pour l’avenir au Québec des étudiants étrangers.

Mais de telles collaborations doivent aussi être encadrées, afin de limiter la dépendance des établissements d’enseignement au secteur privé — mais aussi l’ingérence des entreprises dans les programmes de formation. En effet, dans un article du Devoir rédigé par Martine Letarte et publié en 2010, plusieurs intervenants exprimaient déjà une certaine prudence quant à une vision au court terme dirigée par les besoins immédiats de main-d’œuvre, notamment.


Auteur : Marine Caleb
Journaliste indépendante, Marine est aussi cofondatrice du podcast Voix libres, de la Revue L’Esprit libre. Son parcours l’a amenée à travailler en France, au Liban, mais aussi en Israël/Palestine. Passionnée par l’Afrique, le Moyen-Orient et par les questions liées aux migrations et aux minorités.
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