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Portail employeurs dans Arrima : une bonne nouvelle pour les immigrants ?

Publié le 23 décembre 2020
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Le gouvernement a récemment annoncé l’ouverture du très attendu Portail employeurs. Pièce manquante d’Arrima, le programme régulier de l’immigration permanente au Québec, ce portail promet de favoriser les rencontres entre les employeurs et les personnes ayant déclaré leur intérêt à venir s’installer dans la province. Mais à quoi ces personnes peuvent-elles s’attendre, exactement ?

Avec Arrima, le gouvernement souhaitait redéfinir les termes de l’immigration permanente au Québec, pour passer d’un système de type « premier arrivé, premier servi », à une solution qui valorise les profils en fonction des besoins des entreprises et de l’économie de la province. Mais, depuis le lancement d’Arrima, il y a un an et demi, il manquait une pièce essentielle au dispositif : le fameux Portail employeurs.

Le Portail employeurs, de quoi s’agit-il ?

Avant l’entrée en service du Portail employeurs, les entreprises qui souhaitaient savoir si un ou plusieurs profils présents dans le bassin d’Arrima répondaient à leurs critères de recherche, elles devaient suivre une procédure complexe. Elles devaient d’abord contacter le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) à l’aide d’un formulaire en ligne. L’équipe de modération d’Arrima s’occupait ensuite d’analyser les besoins exprimés et de déterminer les candidats les plus intéressants pour les postes recherchés, avant de créer le lien entre l’employeur et les candidats.

Désormais, les entreprises peuvent compter sur le Portail employeurs — des mots du MIFI, « un outil de recherche permettant [aux entreprises] de consulter, de manière autonome, la base de données du système de déclaration d’intérêt sur Arrima ».

Concrètement, les entreprises qui ont créé un compte sur Arrima gagnent (sous conditions) un accès direct aux profils des personnes qui ont déclaré leur intérêt pour immigrer de façon permanente au Québec, qu’elles se trouvent déjà dans la province ou à l’étranger. Elles peuvent ainsi identifier elles-mêmes les compétences qui les intéressent, avec un regard RH « intelligent », entrer en contact avec les candidats directement, et leur offrir un emploi à l’appui de leurs démarches d’immigration.

Ce processus inédit sera, bien sûr, réalisé avec le concours d’un conseiller en immigration et en recrutement du MIFI, qui recevra les demandes de prise de contact avec les candidats, donnera accès à leurs coordonnées et accompagnera les entreprises vers les programmes d’immigration idoines.

En clair, le Portail employeurs doit créer des opportunités d’immigration qui répondent aux besoins des entreprises du Québec. Une mesure bienvenue dans le contexte migratoire actuel.

Quels bénéfices pour les candidats à l’immigration ?

Depuis son lancement, à l’été 2019, on pourrait résumer Arrima en ces termes : beaucoup de candidats et peu d’élus. Selon les chiffres obtenus par le quotidien Le Devoir, sur les 158 000 déclarations d’intérêt ont été reçues entre le 2 août et le 31 décembre 2019, seules 2 400 d’entre elles, soit 1,5 %, ont été invitées à présenter une demande officielle de sélection permanente. Depuis, la pandémie de Covid-19 a mis le système sur pause, jusqu’à une nouvelle ronde d’invitations, fin septembre 2020, qui a concerné 365 personnes.

Avec le lancement du Portail employeurs, les personnes qui stagnent aujourd’hui dans le bassin des déclarations d’intérêt peuvent espérer se faire repérer plus facilement par un employeur au Québec. Cela pourrait accélérer le processus d’invitation à présenter une demande de sélection permanente.

Mais attention, employeurs comme candidats doivent garder à l’esprit que :

  • le laps de temps entre le dépôt d’une déclaration d’intérêt et la présentation d’une offre d’emploi par l’employeur, de même qu’entre l’offre et l’invitation du candidat par le MIFI à déposer sa demande de sélection permanente, est toujours incertain ;
  • les services liés au Portail employeurs interviennent en amont des procédures de recrutement et d’immigration, en tant que telles : ils ne changent rien au délai de traitement de la sélection permanente (6 mois, sans compter le temps pour le candidat de constituer son dossier) ;
  • la procédure de sélection permanente aboutit à l’obtention d’un Certificat de sélection du Québec (CSQ). Celui-ci ne vaut pas statut, et doit s’accompagner de démarches auprès d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), à la fois pour valider un permis de travail et entamer les démarches vers la résidence permanente au Canada.

Pour les candidats à l’immigration au Québec, le Portail employeurs pourrait avoir un impact positif. « Arrima était une belle initiative, mais incomplète. On peut attendre pendant des années avec ce système », note Selin Deravedisyan-Adam, consultante en immigration agréée et directrice des opérations en Immigration de l’agence Phoenix GMI. Mais, dans tous les cas, la spécialiste recommande aux personnes ayant déclaré leur intérêt dans Arrima de continuer leurs recherches en parallèle : « Continuez à contacter directement les employeurs, participez aux activités de recrutement ! ».

Des questions qui demeurent

Le Portail employeurs arrive à point nommé, quelques jours après la présentation par le MIFI de son plan d’immigration pour l’année 2021, qui affiche une forte hausse des seuils pour endiguer les déficits de nouveaux immigrants permanents en 2020. Peut-être était-ce là ce qui manquait à Arrima pour être pleinement opérationnel et fonctionnel. L’avenir le dira. En attendant, d’autres questions de fond se posent quant à l’officialisation de ce système.

La question essentielle, déjà évoquée par certains au moment du lancement d’Arrima et de l’annonce concomitante du Portail employeurs est la suivante : ce système ne revient-il pas, in fine, à opérer un transfert de responsabilité, qui reviendrait à placer l’immigration au Québec entre les mains des entreprises ? La question est légitime. En effet, Arrima sans Portail n’a pas semblé donner les résultats escomptés. On imagine donc sans peine l’importance de ce nouveau dispositif dans le système de l’immigration au Québec. Les entreprises se retrouvent ceintes d’un rôle majeur dans la définition des principes directeurs de l’immigration.

Posons la question différemment : sera-t-il tout simplement possible, à l’avenir, d’être invité dans Arrima à présenter sa demande de sélection permanente sans avoir, au préalable, reçu le « visa » d’une entreprise prête à embaucher la personne ?

On peut, en tout cas, s’interroger sur le rôle prédominant des entreprises, déjà fortement impliquées dans les démarches d’obtention du permis de travail des travailleurs étrangers — et désormais sollicitées en amont, à la sélection de candidats travailleurs, certes, mais avant tout de personnes immigrantes venues s’installer durablement au Québec.

Second point d’importance : il est parfaitement possible qu’Arrima et le Portail employeurs amènent entreprise et candidat à recourir à un permis de travail temporaire, sans attendre l’invitation du MIFI à déposer la demande de sélection permanente. Ainsi, le risque existe qu’Arrima soit détourné de sa vocation première (la voie régulière de sélection des immigrants permanents), pour ne devenir qu’une application de mise en relation à court terme entre les entreprises et la main-d’œuvre étrangère, sans que les pouvoirs publics puissent réellement s’y opposer.

Affaire à suivre.

Auteur : Basile Moratille
Responsable des publications et des contenus éditoriaux, Immigrant Québec et Immigrant Québec Pro
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