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Test des valeurs : plus de peur que de mal ?

Publié le 19 janvier 2021
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Un an après l’entrée en vigueur du test des valeurs démocratiques et des valeurs du Québec exigé par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI), peu d’informations circulent sur son contenu et sa teneur. Si les questions sont moins difficiles que prévu, il est surtout la volonté du gouvernement d’affirmer ses valeurs auprès des candidats à l’immigration économique permanente. Regards sur les impressions de ceux qui l’ont passé.

« Même en tant que Française, j’étais anxieuse ! », raconte Blandine, qui s’est installée au Québec il y a plus de 6 ans. L’enseignante en francisation explique qu’elle ne savait pas du tout à quoi s’attendre quand elle a été convoquée pour passer le test de valeurs : « J’ai vraiment bossé », s’exclame-t-elle. 

Depuis le 1er janvier 2020, toute personne candidate au Certificat de sélection du Québec (CSQ) pour accéder à la résidence permanente doit se soumettre à un examen de 20 questions destiné à attester la « connaissance des valeurs démocratiques et des valeurs québécoises ». 

Certaines personnes craignaient qu’il ne restreigne l’accès à la résidence permanente ou qu’il s’avère être un support d’exclusion plus que d’inclusion vis-à-vis des communautés immigrantes. D’autres redoutaient que les questions posées soient ostensiblement orientées vers certaines communautés et leurs coutumes, à un moment où la Loi 21 sur la laïcité et les restrictions sur le port de signes religieux faisaient encore les manchettes de la presse nationale.

Or depuis son entrée en vigueur, il se fait discret. Si bien que, comme Blandine, les candidats à la résidence permanente s’en inquiètent. Que contient-il ? Le mystère règne autour du type de questions, des thèmes abordés et des connaissances à avoir pour le réussir. 

« Il faut rassurer les gens »

La première chose à savoir est que le test ne ressemble aucunement au test de citoyenneté que chaque candidat doit réussir pour devenir Canadien. En effet, ce dernier est plus difficile et implique d’avoir des connaissances plus poussées sur le système démocratique canadien ou sur l’histoire du pays. 

Pour obtenir l’attestation, il faut soit avoir suivi la formation de 24 heures Objectif Intégration (OI), soit avoir réussi le test de valeurs démocratiques et québécoises. Ainsi, on ne joue pas l’obtention de son CSQ si on échoue : celui qui rate à deux reprises doit suivre la formation OI. 

M. Singh est installé au Québec depuis un an et demi, et suit encore des cours de francisation. Il a passé le test de valeurs début octobre 2020 et il assure n’avoir eu aucune difficulté. En effet, si les questions sont en français, les titres et sous-titres sont écrits en anglais. Les contenus multimédias sont proposés en plusieurs langues.

« Il faut rassurer les gens. L’objectif n’est pas de les piéger. Il n’y a pas de questions difficiles, c’est très direct », raconte M. Singh. Il affirme qu’entre les cours de francisation et le guide mis à disposition par le gouvernement, la plupart des questions lui ont semblé vraiment « ordinaires » : « J’étais déjà au Québec, donc je savais beaucoup de choses ». Il recommande donc vivement de lire le guide, mais de ne pas trop s’inquiéter, même quand on n’est pas francophone comme lui. 

Utilité ou formalité ? 

S’il apparaît que ce test ne compromet pas l’installation permanente au Québec, qu’en est-il du sentiment d’intégration ? Le gouvernement a pensé son test en fonction des valeurs exprimées dans la Charte des droits et libertés de la personne. Les points à retenir pour s’installer et s’intégrer au Québec se divisent ainsi en 5 « clés » : la langue française, la démocratie, l’égalité homme-femme, les droits et responsabilités des citoyens et la laïcité.  

Pour M. Singh, lire le guide et passer le test lui ont permis d’apprendre beaucoup sur le Québec. « Je ne savais pas qu’on ne pouvait pas fumer en terrasse. Maintenant, je connais les règles et je peux le dire quand quelqu’un fume à côté de moi si cela ne respecte pas la loi », raconte-t-il en exemple. 

De son côté, Blandine reconnaît que les développements du guide relatifs à l’égalité sont utiles, même si elle se questionne sur l’utilité réelle du test.

« Avec les questions sur la laïcité, on te dit que ça va aller, que tu peux garder tes convictions, mais on t’explique comment ça se passe ici », note Gontrand, qui s’est installé dans la ville de Québec en 2014 pour faire un doctorat et travailler.

S’il assure comprendre l’objectif derrière ce test, il avoue avoir été quelque peu gêné par moments. « J’ai eu l’impression qu’il y avait une cible, que les questions étaient plus orientées pour des cultures où on pratique encore la polygamie par exemple », estime-t-il.

Or, si les valeurs exprimées dans le test des valeurs sont issues de la Charte des droits et libertés de la personne, celles qui concernent la laïcité font référence à la fort décriée Loi 21 sur la laïcité de l’État, adoptée sous le bâillon quelques mois avant l’annonce de la création du test.

Que représente le Québec pour les personnes immigrantes ? 

Les valeurs dépeintes dans le test ne sont pas forcément celles ressenties par les nouveaux arrivants. Par exemple, Gontrand explique qu’après avoir vécu dans la Ville de Québec pendant six ans, il a pu constater l’importance de l’espace privé et de la famille pour les Québécois. « Je me rappelle que dans le test, on nous demandait si un policier avait le droit de rentrer chez toi. C’est révélateur », selon lui. 

Pour lui, s’il y a une caractéristique qui définit le plus le Québec, c’est bien l’ouverture à la diversité. « Il y a plus de respect et de tolérance ici, moins de discriminations. On peut s’intégrer, mais c’est difficile, il faut le mériter », nuance Gontrand. Il évoque le parcours pour accéder à la résidence permanente, les réformes, mais aussi la différenciation quotidienne de la société d’accueil vis-à-vis des nouveaux arrivants. 

Inclusion et diversité, autant de thèmes qui, selon Blandine, manquent malheureusement au test des valeurs. « Il devrait mettre plus l’emphase sur la tolérance en réponse à la diversité ethnique », estime Blandine. Pour l’enseignante, le test devrait en effet montrer que les cultures d’origine sont respectées et encouragées, mais que le respect de la culture d’accueil est important. C’est, à son sens, ce qui représente le Québec.

Pour respecter leur anonymat, les prénoms ont été changés.

Auteur : Marine Caleb
Journaliste indépendante, Marine est aussi cofondatrice du podcast Voix libres, de la Revue L’Esprit libre. Son parcours l’a amenée à travailler en France, au Liban, mais aussi en Israël/Palestine. Passionnée par l’Afrique, le Moyen-Orient et par les questions liées aux migrations et aux minorités.
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