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Publié le 29 septembre 2015

"Il faut accepter de ne plus participer à l'évolution de sa culture d'origine"

"Il faut accepter de ne plus participer à l'évolution de sa culture d'origine"

Catherine Petit est psychologue. Elle est l’auteure du livre Les couples interculturels : l’adaptation transculturelle, paru aux Éditions Québec-Livres en novembre 2014. Elle donne également des conférences et des formations professionnelles sur les relations interculturelles et les traumatismes psychiques.

Quels sont les défis psychologiques liés à l’immigration?

L’immigrant doit s’adapter à la culture québécoise tout en conservant un sentiment de continuité, c’est-à-dire d’être soi. Le Québec, ce n’est pas la France en Amérique, c’est l’Amérique en français. Il faut donc renoncer à certains aspects de sa culture d’origine pour apprendre la culture québécoise. Par ailleurs, il faut accepter de ne plus participer à l’évolution de sa culture d’origine. L’immigrant va dès lors devoir apprendre à vivre avec un certain sentiment de solitude dans sa situation « entre deux cultures». En effet, pour ce qui est du passé, il partage l’héritage culturel de ses amis et de sa famille restés au pays. Pour ce qui est du présent, il va désormais partager la culture de son pays d’accueil. Dans ses relations sociales avec les siens restés au pays, il se sentira en décalage car il ne vit plus leur réalité quotidienne, réalité qui évolue avec le temps. De même dans ses relations avec les Québécois, il se sentira de plus en plus à l’aise, mais son histoire québécoise commence au jour de son arrivée. Il manque donc un fil conducteur entre le passé et le présent. Ce fil conducteur, c’est l’immigration. Une rupture affective se produit dans l’histoire personnelle de l’immigrant.

Comment reconnaître les larmes qui font partie du processus d’immigration de celles qui nécessitent de l’aide professionnelle?

Lorsque la personne n’est plus capable de dormir, de se concentrer, n’a plus faim, qu’elle perd du poids sans raison ou qu’elle ressent des grosses angoisses, c’est la sonnette d’alarme. Il faut aller chercher de l’aide. Consulter un médecin omnipraticien est la première démarche à faire. Il pourra, si nécessaire, orienter vers un psychologue. Mais il ne faut pas attendre ces symptômes pour s’aider. Dans son adaptation au Québec, l’immigrant devrait veiller à bien gérer son stress. Se débrouiller dans une culture inconnue est très stressant. En établissant des relations avec des gens de son pays d’origine qui habitent au Québec, l’immigrant va pouvoir apprendre des choses sur la culture québécoise tout en se ressourçant avec des gens qui partagent une histoire commune. La communauté culturelle est donc un refuge pour l’immigrant. Bien sûr, si l’immigrant passe tout son temps avec des gens de son pays, il n’apprendra pas suffisamment sur la culture québécoise pour être fonctionnel, et ses relations avec les Québécois resteront très stressantes. Il faut donc bien doser son temps d’exposition à la culture québécoise et son temps de ressourcement. C’est cela gérer son stress quand on immigre. En faisant des va-etvient entre des contacts avec des Québécois et des contacts avec des gens de son pays, on s’adapte en douceur.

Certains immigrent seuls, d’autres en famille… que leur recommandez-vous?

Si vous avez immigré seul, vous avez plus de mobilité qu’une famille, cela peut faciliter votre insertion socio-professionnelle. Par contre, il est important de vous créer rapidement un réseau social pour avoir un soutien moral et affectif. Québécois, immigrants d’autres pays, immigrants de votre pays… l’important est de ne pas s’isoler. Pour vous, se ressourcer peut être écouter de la musique de votre pays, manger un plat de chez vous, lire un roman dans votre langue maternelle, etc. Si vous vous mettez en couple avec un Québécois ou une Québécoise, cela peut faciliter votre apprentissage de la culture, mais par contre votre adaptation sera plus profonde car vous devrez vous adapter jusque dans votre vie privée. Invitez votre partenaire à découvrir votre culture de façon à ce que vous puissiez préserver un peu de votre culture d’origine à la maison. Pour ceux qui immigrent en couple ou en famille, la maison est le refuge culturel où l’on peut se ressourcer. Le couple et la famille partagent votre histoire commune. Il est démontré que le couple peut être le meilleur soutien psychologique pour l’immigrant, mais que des tensions conjugales peuvent au contraire précipiter des problèmes de santé mentale telle que la dépression. Restez unis en couple, acceptez les erreurs de votre partenaire et son rythme d’adaptation. Un article d'Olivier Pierson La suite de l’article dans notre dossier thématique « Quand l’immigration fait mal » en téléchargement gratuit.

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