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La francisation au Québec : une langue et des valeurs

Publié le 15 septembre 2020

Pour beaucoup de personnes immigrantes, les cours de français représentent l’un des premiers pas dans leur intégration socioculturelle au Québec. En plus d’apprendre une nouvelle langue, ils se familiarisent avec les différents codes et repères propres à la seule province francophone du Canada.

La francisation des personnes immigrantes au Québec fait l’objet d’une attention particulière, au point de devenir l’une des priorités du gouvernement du Québec. Après avoir été un temps pointée du doigt, elle s’affiche aujourd’hui au même titre que l’accès à l’emploi dans la politique actuelle d’accueil et d’intégration des personnes immigrantes au Québec.

Le français a une place particulière au Québec. Symbole identitaire, la langue a toujours été considérée comme un outil d’intégration fondamental, mais aussi comme un moyen de préserver l’identité nationale.

C’est ainsi que le budget alloué à la francisation a été augmenté de 70 millions de dollars en 2019, qui ont permis d’envisager, avant la pandémie de Covid-19, l’embauche de 141 enseignants supplémentaires, de valoriser la subvention de participation aux cours et les cours sont ouverts à une clientèle plus large. Résultat : il y avait 16 971 inscrits à l’automne 2019 comparativement à 13 728 en 2018.

Deux ans pour être autonome

Les cours de français langue seconde sont encadrés soit par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) dans les universités, Cégeps et les centres communautaires, soit par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES), dans les centres de services scolaires (anciennement commissions scolaires).

Dans les deux cas, les cours ont pour but de rendre l’apprenant autonome, le plus rapidement possible. Pour les jeunes comme pour les adultes, la moyenne pour atteindre cette fameuse autonomie au quotidien est de deux ans environ.

Si les programmes sont les mêmes partout au Québec et dans tous les établissements de francisation, il demeure des différences entre les cours donnés dans les centres communautaires et dans les écoles.

Enseignement communautaire ou scolaire

Alexandra*, enseignante dans un centre communautaire de Montréal, estime que le milieu communautaire est un lieu privilégié pour enseigner le français aux nouveaux arrivants.

Si les écoles peuvent compter des budgets pédagogiques plus élevés pour financer des sorties scolaires ou des ateliers, le milieu communautaire ne manque pas d’atouts. « Je peux plus facilement travailler avec des conseillers en immigration ou avec des spécialistes en régionalisation », explique Alexandra.

Pour elle, le milieu communautaire favorise aussi un suivi plus poussé et une plus grande souplesse sur les examens. « Les examens mensuels en écoles peuvent engendrer une plus grande focalisation en cours sur les compétences linguistiques plutôt que sur les repères socioculturels », précise-t-elle.

En établissement scolaire, le professeur doit donner beaucoup d’importance aux notions de grammaire, faute de quoi l’élève ratera son examen et ne pourra passer au niveau supérieur. « En plus, ils sont malchanceux avec moi, car j’adore la grammaire », rit Cassandre, enseignante au Centre de services scolaire Marie-Victorin.

Quel encadrement des ministères ?

« Le MEES nous fournit 50 % du matériel de base et le reste, c’est de la création », explique Cassandre. Et la densité des informations potentiellement traitables dans chaque niveau impose de faire des choix.

Pour Pascale, enseignante au Centre de services scolaire de Montréal, c’est cette liberté qui constitue « la beauté et le danger » du métier de professeur aux adultes. Pour les notions linguistiques, la difficulté est moindre, car le programme est clair sur les acquis que les apprenants doivent valider.

Pour les repères socioculturels cependant, c’est aux enseignants de déterminer quel point historique aborder, quels codes communicationnels expliquer, quelles valeurs transmettre. Un apprenant au niveau 4 doit par exemple connaître les tailles des vêtements, le système de pourboires et de santé ou encore les sports et activités saisonnières.

Prudence et délicatesse

Pour Alexandra, l’enseignant doit être un « représentant de la culture québécoise ». « Je suis la seule Québécoise du centre communautaire, alors je dois faire attention : je précise quand j’émets une position personnelle. Sinon j’explique “ce que penserait un Québécois” », détaille-t-elle.

« Un jour, nous avons eu une discussion sur le mariage homosexuel. J’ai vraiment marché sur des œufs, mais ç’a été tellement constructif et beau ! Ils ont tous pu entendre une autre vision et évoluer », raconte Pascale avec émotion. « Quand je ne me sens pas à l’aise, je fais appel à un intervenant ou j’utilise un livre, une chanson ou un film », explique quant à elle Cassandre.

« Pour moi, ce sont des adultes. On transmet des valeurs, mais ils se font leur propre idée », poursuit Cassandre pour expliquer que les apprenants doivent jongler avec les valeurs qu’on leur enseigne et leurs référents d’origine. La salle de classe représente une première adaptation, puisqu’elle met les nouveaux arrivants en situation interculturelle.

De la culture d’origine à la culture d’accueil

Tous les enseignants interrogés se rejoignent pour dire qu’il est important d’instaurer un climat de confiance et de respect en classe. Ainsi, chacun se sentira libre et à l’aise de partager son opinion et ses questionnements. « Beaucoup deviennent amis. Ils se retrouvent entre eux après les cours et parlent souvent de leurs problèmes d’intégration », raconte Pascale avec fierté.

« On donne beaucoup de place à la culture d’origine. On réalise beaucoup d’activités qui permettent de la mettre en parallèle avec la culture québécoise », raconte Pascale en expliquant qu’ils veulent éviter un modèle d’assimilation « à la française » pour plutôt faire en sorte que les apprenants se sentent inclus à la société.

C’est d’ailleurs la philosophie que prônent les programmes-cadres (destinés aux enfants comme aux adultes) : aider les immigrants à apprivoiser les codes socioculturels québécois en fonction de repères d’origine.


* Pour respecter leur anonymat, ces prénoms ont été changés 


Crédit photo : Samir Bouaked

Auteur : Marine Caleb

Journaliste indépendante, Marine est aussi cofondatrice du podcast Voix libres, de la Revue L’Esprit libre. Son parcours l’a amenée à travailler en France, au Liban, mais aussi en Israël/Palestine. Passionnée par l’Afrique, le Moyen-Orient et par les questions liées aux migrations et aux minorités.

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