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Publié le 18 décembre 2017

Retour au pays: une réalité pas toujours rose

Qu’il soit redouté ou espéré, le retour dans son pays d’origine est souvent en partie fantasmé. « En matière d’immigration, au départ comme au retour, on se fait toujours des idées sur ce qui nous attend là-bas, explique Anne-Laure Fréant, créatrice du site RetourenFrance.fr. Or, le pays a changé et nous aussi, car l’expatriation nous transforme. »

Résultat, l’atterrissage s’avère parfois brutal pour certains. « Plus on reste longtemps à l’étranger et plus le retour est ardu », constate Sylvie Gros, présidente de l’association d’aide France Retour Accueil.

Une deuxième immigration

Ce fut le cas pour Anne-Laure Fréant. Son visa de travail expirant, elle est revenue précipitamment en France en 2013 après cinq années passées à l’étranger. Une fois retombée l’euphorie des retrouvailles avec les proches, le retour tourne vite à la galère. « Immigrer au Québec m’avait demandé beaucoup d’énergie et je pensais qu’en France, j’allais pouvoir me reposer de cette bataille, se rappelle-t-elle. Mais, j’ai eu l’impression de repartir de zéro au niveau professionnel. »

Doctorante en géographie à Montréal, l’Université du Québec à Montréal (UQAM) lui avait donné la chance d’enseigner la géographie du Québec alors qu’elle n’était pas elle-même québécoise. Par la suite, elle a travaillé pour une start-up, qui n’a pas hésité à lui confier rapidement un poste à responsabilités malgré son manque d’expérience en numérique. De retour en France, les portes des entreprises sont restées closes. « Ce qu’on fait ailleurs n’est pas forcément cru, compris ou valorisé, regrette Anne-Laure Fréant. Suivre un parcours différent de celui auquel notre diplôme nous destine reste mal perçu, même par les employeurs disant rechercher des profils atypiques. »

Idem en Suisse où plusieurs personnes de retour de l’étranger éprouvent des difficultés à réintégrer le marché du travail. Le chercheur Thomas Wyssenbach s’est penché sur la question dans un mémoire publié en 2014. Il en a conclu que beaucoup d’employeurs suisses voient d’un mauvais oeil les repatriés. Ils se demandent notamment si ces globe-trotteurs ne vont pas vouloir repartir rapidement dans un autre pays.  

Au bout d’un an, Anne-Laure Fréant décide donc de se lancer à son compte et de mettre son expérience à profit en créant le site RetourenFrance.fr et en rédigeant un guide d’aide au retour. Elle fait régulièrement des enquêtes auprès des Français revenus de l’étranger à partir de questionnaires anonymes : « cela leur permet d’avouer plus facilement leurs difficultés et même, pour certains, le sentiment de honte qui les habite ». 

De nombreux Français expatriés se retrouvent également confrontés à des problèmes administratifs. Par exemple, le Régime d’Assurance Maladie du Québec couvre les gens pendant le délai de carence de trois mois imposé par la France avant de pouvoir être affilié à l’assurance-maladie française. Cependant, Anne-Laure Fréant a reçu plusieurs courriels de personnes à qui l’accès aux soins a été refusé malgré le fait qu’ils avaient montré le papier de la RAMQ nécessaire. « Beaucoup d’employés des administrations ne veulent pas faire l’effort de comprendre », déplore-t-elle.

Côté logement, louer un appartement en France est compliqué quand on a ni contrat à durée indéterminée et ni avis d’imposition des années précédentes à présenter. « On peut toujours trouver un toit sur Airbnb mais c’est cher », souligne Anne-Laure Fréant.

Retrouver la maison

Pour certains, redéposer ses valises dans le pays qui les a vus grandir vient répondre à des manques. Mariam Koné, venue du Mali à l’âge de 17 ans pour faire ses études à Montréal, a retraversé l’Atlantique en 2008 afin de créer une société de conseil à Bamako. Le continent africain, en pleine croissance, offrait des opportunités et elle avait envie de contribuer à l’essor de son pays. Bien que ses débuts d’entrepreneure n’aient pas été faciles, elle estime que son retour s’est plutôt bien passé. « Après une quinzaine d’années d’efforts pour m’intégrer au Québec, avoir le sentiment d’être chez soi et me sentir comme un poisson dans l’eau dans un pays dont je maîtrise tous les codes me manquait », dit-elle.

Revenir au pays peut même être vécu comme un soulagement pour ceux qui ont éprouvé des difficultés à s’intégrer au Québec. « Environ 30% des immigrants originaires du Maghreb n’arrivent pas à trouver du travail ici, explique Abderrahim Khouibaba, président de la Chambre de Commerce et d’industrie Al Maghreb au Canada et journaliste au Maghreb Observateur. Certains décident donc de repartir chez eux car, là-bas, ils peuvent au moins gagner leur vie. »

Un décalage culturel

Même si on se sent à la maison dans son pays, avoir baigné dans la culture québécoise pendant plusieurs années laisse des traces. Se définissant désormais comme plus occidentale qu’africaine, Mariam Koné a dû s’ajuster à nouveau aux habitudes culturelles maliennes. « Au départ, c’était frustrant car j’étais toujours à l’heure à mes rendez-vous et mes clients étaient systématiquement en retard, se remémore-t-elle. Et puis, je savais que la corruption existait au Mali mais je pensais pouvoir faire fonctionner mon entreprise sans avoir à céder à la pression de la corruption. Or, dans ce cas-là, tu survis plus qu’autre chose. » Cette réalité, additionnée à l’immense déception qu’a constitué pour elle le coup d’État survenu au Mali en 2012, l’a poussée à fermer son entreprise en 2015 pour accepter un poste basé à Montréal.

Au niveau des relations hommes-femmes, Mariam Koné a aussi dû composer avec des différences entre les sexes plus marquées qu’au Québec. « Là-bas, la culture reste patriarcale, observe-t-elle. Être en couple avec un malien aurait été impossible pour moi. Même les hommes ayant vécu en Occident tendent à reprendre leurs anciennes habitudes car la pression sociale les poussent dans ce sens. » D’ailleurs, ce constat a joué un rôle dans sa décision de s’installer à nouveau au Québec, où elle a depuis trouvé l’amour en rencontrant un Écossais. Ces inégalités pesaient également sur la vie sociale de Mariam Koné car, les femmes maliennes restant à la maison une fois mariées, ses copines d’enfance ne sortaient plus le soir. Au final, les soupers entre filles ont été remplacés par des soirées passées avec des Français ou des Maliens ayant étudié en Europe. 

Briser la solitude

Si certains immigrés de retour au pays renouent vite avec leurs amis d’avant, certains doivent se reconstituer un réseau, les amitiés n’ayant pas survécu à l’éloignement. Parfois, les amis sont encore là mais ils sont occupés avec leur vie quotidienne ou alors ils ne comprennent pas les émotions fortes que provoquent le fait d’avoir quitté une vie au Québec pour se réinstaller dans son pays. « Généralement, il n’y a pas d’espace en famille ou entre amis pour discuter de cela », indique Anne-Laure Fréant.

Paradoxalement, le retour au pays s’accompagne souvent d’un sentiment d’isolement. « C’est important de se retrouver entre personnes vivant la même chose », conseille Sylvie Gros, présidente de l’association d’aide France Retour Accueil.

 Aux rencontres proposées par France Retour Accueil, s’ajoutent les groupes de soutien qui se sont formés sur internet. « Des apéros de retour sont même organisés à Montréal ou à Québec », précise Anne-Laure Fréant.

Une réadaptation qui prend du temps

Pour bien vivre son retour au pays, la patience est de rigueur. « Croire que l’on va retrouver son confort culturel dès les premiers jours est une illusion », pense Anne-Laure Fréant, qui a mis deux ans pour cesser d’être encore au Québec dans sa tête.

La durée de la réadaptation varie grandement d’un individu à l’autre. Certains vont y parvenir en quelques mois et, pour d’autres, elle va prendre plusieurs années. « En moyenne, il faut compter une bonne année pour reprendre ses marques, voire plus longtemps pour retrouver une situation professionnelle satisfaisante », estime Sylvie Gros.

Rentrer bien préparé

Organiser adéquatement son retour facilite grandement la réinstallation dans son pays d’origine. Anne-Laure Fréant recommande de s’y prendre au minimum trois mois avant le départ pour contacter les différentes administrations, rassembler les papiers nécessaires et effectuer des démarches afin de trouver un logement. « Les premiers temps sont durs émotionnellement alors il vaut mieux avoir fait le maximum de démarches avant de prendre l’avion ».

La préparation doit également se faire au niveau mental. Plus on est dans la réalité et plus le retour a des chances de bien se passer. « Être bien clair dans sa tête sur ses motivations à revenir, savoir où on s’en va, dans quelle ville on va habiter, quels repères on va retrouver, quel emploi on va exercer,... permet de réduire vraiment le stress du retour », met-elle en avant.

La réussite du retour se joue aussi au plan psychologique. « S’il est synonyme de projets excitants ainsi que de promesses d’un bel avenir et vu simplement comme une nouvelle étape, le retour sera beaucoup mieux vécu que s’il est subi ou résulte d’un échec de son immigration au Québec », fait remarquer Anne-Laure Fréant.

Là encore, pouvoir trouver du soutien auprès d’autres repatriés est précieux. En cas de difficultés sévères ou prolongées, il ne faut pas hésiter à faire appel à un coach spécialisé ou consulter un psychologue connaissant bien la problématique de l’immigration.

Article tiré de notre webmagazine "Partir ou rester ? Envisager le retour au pays", à télécharger gratuitement.

Auteur : Fanny Bourel

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