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Publié le 21 novembre 2017

Songer au retour : questionnement et passage à l'acte

Il existe autant de raisons de vouloir rentrer dans son pays qu’il y en a à le quitter - et il se pourrait même que ces raisons soient en partie identiques. Celles-ci sont le fruit d’une expérience individuelle autant que le reflet de la personnalité de chacun. Qu’il soit désiré ou redouté, opportuniste ou inenvisageable, le spectre du retour est là, tapi, qui nous guette - ou qui nous nargue.

Article tiré de notre webmagazine "Partir ou rester ? Envisager le retour au pays", à télécharger gratuitement.

Traditionnellement, on considère qu'un retour au pays après une expérience d'immigration peut résulter d'un choix, d'une opportunité ou encore de la fatalité, c'est-à-dire l'absence de choix. Une absence de choix qui porte d'ailleurs en elle une double réalité qu'il ne faut pas ignorer : l'obligation de rentrer dans son pays d'origine ou, au contraire, celle de rester dans son pays d'accueil. En effet, si le retour au pays s'apparente souvent à une option laissée à la discrétion de l'immigrant, il est aussi un privilège que tous les immigrants n'ont pas.

Inégaux face au retour

Pour les réfugiés politiques et les demandeurs d’asile, la question du retour au pays ne se pose pas, en dépit des sacrifices auxquels ces derniers doivent consentir. Dans un tout autre ordre, on peut penser que les immigrants qui ont attendu 3, 4 ou 5 ans de pouvoir venir au Canada avec une résidence permanente ne repartiront peut-être pas aussi rapidement. Passé un certain âge et alors qu’il s’agit de reconstruire sa vie ailleurs, le retour cesse même d’être une option. Pour autant, le Canada « terre d’accueil » n’est pas exempt de points de friction susceptibles de mettre les immigrants à l’épreuve.

C’est l’histoire de Maya, ingénieure de la construction pendant 20 ans en Syrie, qui enchaîne les petits boulots à Montréal depuis plus d’un an parce que son ordre professionnel de tutelle ne reconnaît pas les diplômes obtenus à l’étranger (Lisa-Marie Gervais, Des nouvelles règles pour aider les immigrants ingénieurs, Le Devoir, 15 septembre 2017). C’est l’histoire d’Eva Manuela, réfugiée angolaise que ses parents ont envoyée seule et clandestinement au Canada alors qu’elle était enfant. Elle a fini par obtenir sa résidence permanente après 13 ans de flottements administratifs. À son grand désespoir, elle ne reverra jamais son pays. (La Vague migratoire africaine, conférence donnée au MIDI, 18 avril 2017).

Lorsqu’une expatriation débute ainsi, on peut comprendre que le processus d’intégration et de reconstruction puisse amener à se questionner sur la pertinence de son projet d’immigration, temporaire ou à plus long terme. L’absence de reconnaissance de ses compétences et le sentiment d’être mis en situation d’échec peuvent générer frustration et incompréhension. Une intégration difficile peut alors mener à songer au retour - quand on a ce luxe.

Quand faut partir… on veut rester (ou inversement)

Qu’est-ce qui fait qu’on se réveille un matin avec l’envie de rentrer dans son pays ? On peut penser que, dans la tradition platonicienne, on ne désire que ce que l’on n’a pas - en d’autres termes, on ne désire jamais autant rester dans son pays d’accueil que lorsque son visa a une date d’expiration. Si les choses étaient aussi simples, ça se saurait. Or, l’intégration se trouve souvent au cœur de la problématique des résidents permanents autant que temporaires.

Prenons Alejandra. En 2014, elle arrive du Mexique pour terminer ses études, à Vancouver puis à Toronto. « Je suis chanceuse d’avoir vécu cette aventure au Canada. Mais à l’époque je n’avais rien m’y retienne », nous explique-t-elle. « J’ai préféré suivre un vieux rêve, celui de voyager seule en Europe ». Elle avoue ne pas s'être donné le temps de construire les bases d’une immigration pérenne, ni d'avoir eu la patience de créer les conditions de son intégration.

Autre cas, autre histoire. Arisa est japonaise. 2015, elle débarque au Québec avec un Permis Vacances-Travail (PVT). À l’expiration de son visa et après un an dans la métropole québécoise, elle poursuit un temps son séjour avec un permis visiteur. « C’est vrai, j’ai eu du mal à quitter Montréal, les amis, la vie que j’avais commencé à bâtir ici… Mais ma décision de rentrer au Japon était prise au bout 6 mois », avoue-t-elle. « Sans le français et avec un anglais faible, je ne parvenais pas à me projeter professionnellement. »

Le travail, parlons-en. Selon Anne-Laure Fréant, auteure du Guide du Retour en France, il est statistiquement la première cause de retour au pays et concerne 6 Français de l'étranger sur 10. Frustration, fin de contrat, nouvelles opportunités... C’est ainsi que Joris et sa compagne sont prématurément repartis en France. « Effectivement, j’ai un sentiment d’échec de n’avoir pas réussi à trouver un travail dans ma branche à Montréal », nous confie Joris. Titulaire d’un doctorat en biotechnologie, il entame sa recherche d'un emploi en France fin juillet, 6 mois seulement après son arrivée à Montréal. Dès septembre, tous deux sont de retour à Paris. « Mon profil semblait plus plaire en France qu’au Canada ». Pour autant, dans bien des cas, la raison professionnelle peut n’être qu’une façade qui cache d’autres facteurs, évidents ou très personnels. Si les raisons professionnelles sont à l’origine du questionnement de Joris, le véritable déclencheur est venu du système de santé. « Il était impératif que ma conjointe se fasse opérer (…). Or, la précarité de notre couverture santé en tant que PVTistes ne nous a pas vraiment laissé d'autre choix que rentrer en France ».

De l’importance de la notion de choix (ou pas)

Jessica est arrivée au Canada en septembre 2010. 2 ans de « Jeune Pro » à Toronto, 2 ans et demi de maîtrise en marketing à HEC Montréal et autant de permis de travail post-diplôme. 6 ans et 3 visas pour un bon job dans une multinationale d’agroalimentaire et, pour finir, la résidence permanente, obtenue en mars 2017. 3 mois exactement avant son retour en France.

« Il n’a jamais été question que je reste au Canada », nous confie-t-elle. « Je ne me suis jamais sentie vraiment intégrée, sans doute parce que j'ai eu du mal à connecter avec les Québécois. La famille qui manque, la séparation avec mon compagnon… Sans oublier le froid. Oh, je voulais partir, j’ai toujours voulu partir… Mais où ? En France ? Tout sauf la France ! ».

Combien de fois a-t-elle été sur le point de tout plaquer ? Elle a cessé de compter depuis son dernier projet en date d’aller faire l’expérience de la vie nomade en Thaïlande. « C’était en février 2016. L’hiver de trop. C’était une folie, ce projet. J’ai repris mes esprits, changé de travail et acheté un appartement à Montréal, à la place ». En juin 2017, après 7 ans de vie canadienne, Jessica, jeune propriétaire épanouie au travail et entourée d’amis est de retour à Toulon, chez ses parents. Le retour - et la France -, finalement. « Après deux séparations, j’ai perdu espoir de fonder une famille au Canada. J’ai eu peur qu’à force de repousser l’inévitable retour, l’âge ne me joue des tours ».

Famille et nouveau départ

La famille, les enfants : un autre facteur décisif dans un projet de retour. L’arrivée d’un enfant peut être un élément déclencheur. Dans le cas d’Amélie et Hugues, expatriés à Montréal pendant 4 ans et en attente de la résidence permanente, elle a été déterminante. « Nous avons pris la décision de rentrer à la naissance de notre fille, pour nous rapprocher de la famille », explique Hugues. « L’éloignement devenait trop pesant », ajoute Amélie. Départ et formalités ont été accomplis rapidement, 2 mois à peine, mais pas sans douleur. Hugues se souvient « de l’énergie et de l’argent que ça coûte de revenir », en particulier quand on rapatrie des biens dont on ne veut pas se séparer. Il y a eu une part de tristesse, aussi : « nous quittions de bons amis. Les amis sont notre famille quand on vit à l’étranger. Et un quartier, un quotidien que nous adorions ». Mais comme ils le rappellent, leur départ résultait d’un choix évident et réfléchi.

L’arrivée d’un enfant peut être vécue d’autres manières. Aude et Vincent en ont fait l’expérience en 2013. Lorsqu’Aude tombe enceinte, elle et Vincent sont en PVT et ne sont pas couverts par le régime de santé du Québec (RAMQ). Le sujet toujours sensible de la santé, source des premiers questionnements du couple quant à un éventuel retour au pays. Ils tiennent bon. Nouvelle épreuve, 2 ans plus tard, au décès de la mère d’Aude qui rappelle à tous la dure réalité de l'éloignement. Et puis la résidence permanente qui tarde à arriver, la perte temporaire de statut… « Quelle amertume, à l’époque… On voulait partir pour de bon, mais on n’a pas pu accepter que tout s’arrête comme ça », se rappelle Vincent. Pourquoi sont-ils restés, finalement ? « La qualité de vie, l’équilibre que nous avons trouvé entre travail et vie de famille. Le refus, aussi, de voir nos efforts d’intégration réduits à néant ». 5 ans après leur arrivée, ils se sont gardés de couper tous les ponts avec la France. « Nous avons toujours été sur une dynamique temporaire… qui est devenue permanente sans qu’on s’en aperçoive », nous explique Vincent. Aujourd'hui, ils n’envisagent plus de quitter le Canada avant d’avoir obtenu leur citoyenneté.

En effet, citoyenneté et mariage n'épargnent pas nécessairement l’émigré de l’inévitable question du retour au pays. Prenez Alexandre, par exemple. Un autre cas classique d’immigration progressive, du PVT à la résidence permanente. 6 ans et une parfaite intégration à la vie montréalaise. En cours de route, il épouse Catherine, une péruvo-canadienne dont le rêve secret est… de partir vivre en Europe. Ce sera chose faite dès l’obtention par Alexandre de sa citoyenneté.

Partir ne veut pas dire rentrer

« On est très heureux ici mais on n’y fera pas notre vie ».

Quel expatrié, quel immigrant n’a jamais entendu prononcer cette phrase ? Une petite phrase anodine qui porte en elle la graine du retour. Une apparente contradiction qui ne fait pourtant qu’envisager le retour comme une part sinon inévitable, au moins naturelle de l’expérience. On peut passer 20 ans dans un pays en se disant chaque jour qu’on finira par rentrer. On peut aussi s’y projeter à long terme pour finalement tout quitter sur un coup de tête. Le coeur a ses raisons… Le portefeuille a les siennes. Et le travail, la famille, la santé, la retraite, les déceptions amoureuses, le ras-le-bol administratif…

Le goût d’ailleurs, d’autre chose, tout simplement.

Qu’en disent ceux qui sont rentrés ? « Je suis forte de l’expérience d’avoir un jour quitté la France. Je sais que je suis capable de le faire. J’ai le sentiment de pouvoir le refaire facilement », reconnaît Amélie. Joris et sa conjointe, les jeunes PVTistes rentrés trop tôt pour raisons de santé, n’ont pas complètement tiré un trait sur le Québec. « Nous pensons tout de même demander la résidence permanente depuis la France, au cas où, et avoir la possibilité de revenir d’ici quelques années », nous dit-il

Quant à Jessica, elle n’a pas encore ouvert ses valises, 4 mois après son retour. « Je n’en ai pas le goût », nous avoue-t-elle. Sa résidence permanente lui permet de cumuler 2 ans hors du Canada sur les 5 à venir avant qu'elle ne lui soit retirée. Un délai certes court, mais qui permettra peut-être à Jessica de donner une chance à son pays natal et de faire un choix.

Elle avait un travail à son arrivée en France.

Elle sait que, si elle le souhaite, elle peut toujours repartir.

Luxe suprême… ou insoluble équation.

Auteur : Immigrant Québec

Immigrant Québec informe toutes les personnes désireuses de s’installer au Québec sur l'immigration et la vie dans la Belle Province.

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