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Publié le 07 octobre 2015

Comment voir le verre d'eau à moitié plein ?

Comment voir le verre d'eau à moitié plein ?

Jean-Claude Lasry et Richard Y. Bourhis, experts et professeurs aux départements respectifs de psychologie de l’UdeM et de l’UQAM, nous invitent à comprendre comment faciliter son adaptation en terre d’accueil et à voir le verre d’eau à moitié plein car « pour un nouvel arrivant, avoir l’envie de rentrer chez soi est normal ».

L’acte d’immigrer peut-il être considéré comme un traumatisme ?

Jean-Claude Lasry - Je pense à mon père qui a immigré à Montréal et a décidé de repartir à zéro avec sa femme et ses quatre enfants. Pour certains, c’est un acte courageux. Et pour tous, immigrer engendre une rupture. Un concept clair des années 1980 évoque le « choc culturel ». C’est lui qui va créer le traumatisme. Et si vous arrivez du Sri Lanka, le choc sera beaucoup plus fort que si vous venez de France. Mais même déménager dans sa propre ville est déjà considéré comme un événement stressant, alors imaginez le fait de changer de pays !

Beaucoup d’immigrants vivent des phases difficiles allant parfois jusqu’à ressentir l’envie de rentrer chez eux. Est-ce normal ?

Jean-Claude Lasry - Comme immigrant, vous avez quitté la terre ancestrale. Vous avez quitté le sein de la mère. C’est la perte de quelque chose de cher et on ne peut pas s’en débarrasser facilement. Vous avez nécessairement un deuil à vivre. C’est vrai qu’on quitte son pays pour trouver mieux, mais l’on a des souvenirs. Des bons et des mauvais. Mais même les mauvaises expérience peuvent être vues comme une phase dans notre processus d’évolution. Alors avoir l’envie de rentrer chez soi est normale. On a tous des envies. Et ce n’est qu’une infime partie d’entre elles qu’on réalisera. Mais si le ras-le-bol est trop grand, on peut décider de rentrer.

Quels conseils donneriez-vous aux personnes immigrantes pour faciliter la transition ?

Jean-Claude Lasry - Dans un premier temps, je pense utile de retrouver des gens de son pays pour faciliter la transition. Mais parallèlement à cela, il faut essayer de connaître la culture québécoise. Tenter d’apprendre - et cela ne ce fait pas du jour au lendemain -, la culture de la majorité qui nous entoure.

Les immigrants sont-ils seuls à être responsables de leur adaptation à la société d’accueil ?

Richard Y. Bourhis - Tout d’abord, il faut savoir que 80% des recherches s’intéressent aux stratégies d’adaptation des immigrants sans interroger le rôle de l’État dans cette question. Et cela, parce qu’on part du principe que les immigrants sont les seuls responsables de leur adaptation. Alors que ce sont les communautés d’accueil qui, par leurs politiques d’intégration, décident des modèles d’intégration et facilitent l’adaptation des immigrants. Au Québec et au Canada, les politiques sont assez ouvertes. Par exemple, aujourd’hui, un immigrant peut obtenir sa citoyenneté en quelques années. Cela fait partie d’une stratégie d’intégration civique. Du côté des immigrants, l’apprentissage du fonctionnement de la société se fait petit à petit et généralement, la personne est prête à accepter tous les accommodements. Mais, elle ne peut ni changer les politiques publiques, ni empêcher la société d’accueil d’avoir des préjugés. Propos recueillis par Karine Bénézet La suite de l’article dans notre dossier thématique « Quand l’immigration fait mal » en téléchargement gratuit.

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