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Publié le 13 août 2019

Visages du Québec : Pascal, un œnologue unique au monde

Il est producteur d’un vin renommé qui ne ressemble à aucun autre : le vin de tomate ! Pascal Miche a choisi de s’établir au cœur de Charlevoix pour réaliser une recette familiale qui gardait ses secrets. Une route pleine de péripéties pour ce Belge, immigré au Québec il y a 21 ans.

Il a fallu une rencontre pour que la vie de Pascal Miche bascule de l’autre côté de l’Atlantique. En 1996, Robert Charlebois est invité à une émission de télévision belge. Pascal est alors restaurateur, sponsor de l’émission, et a réalisé pour le cocktail ses fameux canapés de charcuterie à base de bière belge. Le chanteur sourcille, et invite Pascal à venir au Québec pour s’essayer à des produits à base de bière Unibroue, une brasserie basée à Chambly et dont il est actionnaire. Un irrésistible défi pour Pascal, un aventurier culinaire qui cumule déjà toutes les casquettes de boucher, charcutier, salaisonnier, restaurateur, organisateur de banquet, sans oublier sa formation d’œnologue. Le 4 janvier 1998, à 34 ans, Pascal Miche pose le pied à Montréal, en pleine crise du verglas, dans le dernier avion autorisé à atterrir à Dorval. « Même si j’avais voulu rentrer en Belgique, je n’aurais pas pu ! » raconte-t-il en souriant. Mais c’est de son plein gré qu’il est finalement resté au Québec.

Balayer les tempêtes pour s’ancrer à bon port

Des tempêtes, il en a affronté plus d’une depuis. Mais pour ce battant, le combat le plus éprouvant est celui qui l’a mené, 10 ans durant, à faire reconnaître juridiquement que la tomate est un fruit… et être ainsi autorisé à l’exploiter pour en faire du vin. « En Amérique du Nord, à ce moment-là vous n’aviez pas le droit de transformer un légume pour en faire de l’alcool. Or, la tomate était considérée comme un légume. » Au milieu de toutes ces batailles avec la Régie des alcools et des jeux, la vie de Pascal suit son cours, en dépit de la vente de la brasserie d’Unibroue, d’abord au géant Sleeman, puis à Sapporo, au rachat de Sleeman. « Immigrer ce n’est pas facile, vous devez refaire toute votre vie à zéro avec des diplômes qui ne sont pas toujours reconnus à leur juste valeur. J’ai dû recommencer au plus bas de l’échelon, au salaire minimum, pour arriver ensuite à être directeur de production. »

Il attend 8 ans avant de retourner en Belgique. Pascal s’en explique : « Quand je suis arrivé ici je voyais beaucoup d’immigrants qui arrivaient chaque année, et qui ne sont plus au Québec aujourd’hui, parce qu’au final, ils ne sont jamais ancrés. Moi, je me suis détaché et je me suis ancré ici afin de pouvoir aller plus loin ».

Et pour s’ancrer, cet épicurien à la stature imposante — dépassant les deux mètres (6’7’’) — a mis tous les atouts de son côté en se mariant avec une Québécoise. « Je n’ai jamais oublié quand Robert Charlebois me disait qu’il fallait travailler avec les produits du terroir ! » témoigne-t-il avec l’humour qui le caractérise. C’est grâce à sa femme Lucie, professeure de ski et d’éducation physique, qu’il découvre la région touristique de Charlevoix. Il tombe sous le charme. Le couple, qui habite alors Montréal, se découvre des envies de campagnes… et de nouveaux projets.

S’intégrer en région, tout un parcours

Mais du passage de vacancier à résident, l’intégration en région n’a pas été simple. « Quand je suis arrivé dans la région de Charlevoix pour faire du développement, le monde nous appelait “les étrangers”, même ma femme, qui est originaire de la rive sud de Montréal. Pour eux, elle n’est pas du cru. »

Si la région est belle, il faut se faire à la mentalité, rester neutre dans les querelles de clochers et se constituer un noyau. Pascal s’implique dans les Chambres de commerce et devient entraîneur en natation, son sport de prédilection du temps où vivait en Belgique. Sa femme préside le Comité de Charlevoix sur les planches, qui aide les enfants issus de milieux défavorisés à accéder à la pratique du ski. Elle fait aussi découvrir le Pilates aux Charlevoisiens. « Nous sommes arrivés doucement, sans vouloir brusquer, avec des petites choses nouvelles que les gens ont appréciées ».

Mais pour cet originaire de Louvière, qui se définit aujourd’hui comme « Belgo-Canadien », même après 21 ans passés au Québec, « on est toujours un immigrant, il vous manque toujours quelque chose ».

Si aujourd’hui, c’est surtout l’ambiance du folklore belge qui lui manque, il a fallu aussi s’habituer au détachement avec la famille, une chose difficile. « Mes parents étaient tout le temps avec moi en Belgique, on travaillait ensemble. Ça a pris 5 ans à ma mère pour se remettre du départ », avoue-t-il. Pour compenser l’absence, ses parents viennent le voir deux fois par an pendant des années, désormais avec l’âge, c’est lui qui fait le déplacement annuel, sans compter le lien précieux des nouvelles technologies : « on a acheté un petit ordinateur à mes parents pour qu’ils aient la vision, on s’appelle ainsi deux à trois fois par semaine. »

Une histoire de famille

Il faut dire que la famille de Pascal a joué un rôle un peu particulier dans ce qu’il a accompli aujourd’hui. À la tête du Domaine de la Vallée du Bras, le producteur de vin de tomate n’en serait pas là sans son arrière-grand-père, un certain Omer.

« En 1938, il a commencé à avoir une production de tomates dans son potager dont il ne savait plus que faire, il a commencé à transformer la tomate pour faire de l’alcool de vin ». Des débuts prometteurs, mais pas suffisants. À la mort de celui, qui l’a élevé et dont il était si proche, Pascal promet de reprendre le flambeau. Au total, 32 ans de recherches et développement ont été nécessaires pour faire le produit qui existe aujourd’hui et qui reste, à ce jour, unique au monde.

Sur 1 hectare, les 5 800 plants de tomates sont tous de variétés ancestrales du Québec, que Pascal a retracées par les semences du patrimoine. « Sur 16, j’en ai retenu 6 pour faire mes assemblages de variétés et arriver à avoir mes deux produits de base qui sont le sec et le moelleux, un vin sans sulfite et certifié bio par Ecocert Canada. On vinifie de la même façon qu’avec le raisin, sauf que c’est de la tomate ». L’Omerto est né, « Omer » en hommage à l’arrière-grand-père, « to » pour tomates. Un vin… qui ne goûte pas la tomate ! Pascal s’en amuse « il ne faut jamais oublier qu’une vinification, c’est déceler l’âme du fruit. Est-ce que le vin goûte le raisin, à l’exception du muscat ? »

Avec une production de 13 000 litres en moyenne annuellement, une commercialisation dans 126 enseignes de la Société des alcools du Québec (SAQ) et de multiples récompenses et reconnaissances régionales et internationales, le succès pourrait lui monter à la tête. Mais le grand homme respire la modestie et la simplicité. « Il faut savoir rester sur terre. Je ne suis pas un astronaute, je ne suis qu’un petit agriculteur du fond du rang ».

Et s’il y a un rêve qu’il aimerait accomplir ces prochaines années, ce serait de faire reconnaître son Omerto en Europe, « revenir aux racines, en somme », avec toute la richesse qu’il a su produire dans sa région de Charlevoix.

Crédits photo : Armelle Pieroni-Christin et Pascal Miche.

Auteur : Armelle Pieroni-Christin

Après avoir travaillé 10 ans comme journaliste plurimédia pour la Ville de Paris, l'amour du Québec a eu raison de cette rédactrice-jurée littéraire, installée en famille à Montréal depuis août 2018. Ses passions ? La littérature, bien sûr, les voyages, les rencontres et tout ce qui a trait à la Belle Province, naturellement !

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