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Publié le 18 juillet 2019

Au Canada, le visa de visiteur est un privilège

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Obtenir un simple visa de visiteur peut s’avérer plus compliqué qu’on pourrait croire. Selon son pays d’origine, son statut ou encore le motif de sa visite, les ressortissants de certains pays sont davantage susceptibles de se voir refuser l’entrée sur le territoire. Une situation difficile pour les personnes concernées — et pour les familles immigrantes installées au Canada.

Selon une étude du Forum économique mondial, réalisée en 2017, le Canada se distingue par la rigueur de sa politique d’octroi de visa de tourisme. Le pays se classe ainsi au 120e rang (sur 136 enregistrés), plombant ainsi son niveau réel d’ouverture à l’international. Entre le 1er janvier 2013 et le 30 juin 2018, le taux de refus de visas est passé de 17 % à 27 %, selon les données d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) obtenues par Radio-Canada.

Si certaines affaires de refus de visa de visiteurs ont pu faire grand bruit, ces derniers mois, la réalité de la situation renvoie une triste image, dès lors qu’on s’intéresse à la majorité silencieuse des simples touristes, ainsi que des membres de leur famille qui ont immigré au Canada. « Si on encourage les étrangers à venir et à travailler, il faut prendre en compte leurs besoins familiaux et sociaux », estime notamment Nathalie Rafei, chargée de projet et intervenante sociale au Carrefour d’aide aux nouveaux arrivants (CANA).

Pour les pays dont les ressortissants sont dispensés de l’obligation de visa, comme la France ou le Mexique, il suffit d’acheter ses billets d’avion et de débourser 7 $ CAN pour obtenir une autorisation de voyage électronique (AVE). Pour les autres, provenant de plus de 145 pays comme l’Algérie ou la Bolivie, il s’agit de montrer patte blanche – et payer des frais plus élevés. Il faut ainsi acquitter les frais de la fiche de visiteur (75 $ CAN), de biométrie s’il y a lieu (85 $ CAN et 170 $ CAN pour les familles de deux personnes et plus), du visa en lui-même (100 $ CAN par personne, plafonné à 500 $ CAN par famille), des billets d’avion et d’une assurance tous risques en cas de refus d’entrée sur le territoire (même si ce dernier ne représente pas toujours un motif suffisant pour le remboursement des billets).

Convaincre

Pour comprendre l’instabilité qui entoure l’octroi des visas de visiteurs, il faut considérer la subjectivité de certains des critères d’admissibilité qui sont imposés aux demandeurs. En plus de conditions plus traditionnelles, il s’agit pour lui de « convaincre » l’agent d’IRCC, à trois niveaux :

  • celui de ses finances : le demandeur doit « avoir suffisamment d’argent pour son séjour », selon la durée de ce dernier et le mode d’hébergement ;
  • celui de ses intentions : prouver qu'il quittera le Canada à la fin de son séjour ;
  • celui de ses motivations : convaincre qu'il retournera dans son pays de résidence « à cause des liens qu’on y a » (emploi, famille, actifs, etc.).

Des critères ouverts à interprétation, qui se trouvent être à l’origine de nombreux cas de refus et, bien souvent, d’autant de tragédies individuelles.

Violence

Carole et son compagnon ont immigré à Montréal en septembre 2015 pour travailler. Elle est née en France, de parents malgaches. Ces derniers sont installés près de Paris depuis environ 35 ans, leur situation est stable. Sa mère, Ando, s’est vu refuser un visa alors qu’elle voulait rendre visite à sa fille. N’étant pas de nationalité française, son statut n’était pas assez clair pour l’agent du ministère en charge du dossier — une décision discrétionnaire.

« J’ai trouvé ça très violent à lire. J’étais fâchée contre le Canada », raconte Carole avec émotion. Après cet événement, elle avoue avoir envisagé de quitter le Québec pour rentrer en France. Il était pour elle inconcevable de ne jamais recevoir sa mère chez elle. En 2018, Ando obtient la citoyenneté française et pourra enfin se rendre dans le pays de résidence de sa fille.

Déracinement

Nathalie Rafei, elle, est d’origine libanaise. Elle s’est installée à Montréal en 2016 en tant que résidente permanente. « Je suis toute seule avec mes filles ici, ma famille est au Liban », précise-t-elle. En 2018, sa sœur, qui est « comme une mère » pour ses filles, voulait lui rendre visite.

Sa demande est refusée, faute des ressources financières suffisantes. Nathalie est convaincue que c’est le statut d’enseignante indépendante qui l’a desservie. « Au niveau psychologique, c’est dur pour mes enfants de ne pas pouvoir voir leur tante », insiste-t-elle. Pour elle, ce refus rend le déracinement encore plus douloureux qu’il ne l’est.

D’autant plus qu’un de ses amis a tenté de venir à deux reprises, en vain. Si dans ses demandes, il n’a pas caché son homosexualité, son honnêteté a créé le soupçon qu’il ne quitte pas le territoire, et demande l’asile au Canada. Nathalie Rafei ne peut assurer les motivations de son ami, mais elle estime que cela aurait été son droit étant donné la situation préoccupante des personnes homosexuelles au Liban.

Auteur : Marine Caleb

Journaliste indépendante, Marine est aussi cofondatrice du podcast Voix libres, de la Revue L’Esprit libre. Son parcours l’a amenée à travailler en France, au Liban, mais aussi en Israël/Palestine. Passionnée par l’Afrique, le Moyen-Orient et par les questions liées aux migrations et aux minorités.

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