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Publié le 30 juin 2011

Pour s’intégrer, il faut laisser tomber des barrières que nous pensions être des supports de notre identité...

Prénom : Frédéric Prat Pays d'origine : France

Frederic Prat est conseiller au mouvement Desjardins pour le programme Immigrant Investisseur. Lui même originaire d'Europe, il a su s'intégrer à la belle province et trouver le parfait équilibre emploi-famille. Avec beaucoup d'honnêteté il nous livre ici quelques tranches de sa vie...

IQ : Qu'est-ce qui vous a fait venir au Québec ?

J’ai eu assez jeune la piqûre des voyages ainsi que l’opportunité de faire une année d’échange en université américaine. Avant même de commencer ma carrière en France, je savais que je repartirai à l’étranger. Après m’être bâti une solide première expérience professionnelle et avoir ajouté quelques beaux pays à ma collection de voyages, l’envie d’émigrer s’est installé naturellement dans mon esprit. C’était le bon moment pour le faire.

Le choix du Québec est beaucoup lié à ce beau mélange de culture européenne et anglo-saxonne, et plus spécifiquement à Montréal et son caractère multiculturel exceptionnel. J’étais déjà venu dans cette ville en touriste et en 24h, je savais déjà que je me plairais énormément à y vivre. De manière annexe les nombreux accords entre la France et le Québec facilitent grandement la démarche mais ne sont pas les éléments moteurs d’un projet d’émigration.

IQ : De votre pays d'origine, qu'est-ce qui vous manque le plus, ici, au Québec ?

J’ai grandi dans le Sud-Ouest de la France ; l’Océan, les Montagnes et les virées improvisées en Espagne me semblent loin des fois. Il y a de bonnes compensations ; une fin de semaine en Canot camping ou à New-York, ça vaut vraiment le détour aussi. Évidemment, la distance avec la famille et ne pas voir grandir ma nièce et mon neveu sont des petits manques mais qui aurait été les mêmes si j’avais trouvé du travail dans le Nord ou l’Est de la France. Dans la vie courante, la facilité et la rapidité d’accès aux soins médicaux et aux spécialistes sont clairement une difficulté. Je n’ai heureusement pas eu souvent à y être confronté mais c’est une question qui peut devenir primordiale dans certains cas.

IQ : A l'inverse quels sont, selon vous, les points forts de la Belle Province ?

Une excellente qualité de vie. La différence est probablement moins notable si on la compare avec une ville de province française, mais sans commune mesure avec Paris (pour parler des références que je connais). Les loyers sont plus abordables, les opportunités d’emplois plus nombreuses à condition de savoir s’adapter. Créer son propre emploi ou son entreprise sont par ailleurs des projets relativement faciles à concrétiser. Le rythme de vie et la hiérarchie sociale et professionnelle sont aussi moins pesantes.

IQ : Parlez-nous de votre activité au Québec.

J’ai pu trouver un premier un premier emploi dans une Caisse du Mouvement Desjardins en tant que Conseiller aux entreprises ; ceci m’a permis de construire mes références professionnelles au Québec, de prouver mes capacités d’adaptation et d’intégration. Il m’a aussi permis de me construire une partie de mon réseau professionnel et amical. Par la suite, j’ai saisi l’opportunité d’intégrer le Programme « Immigrants Investisseurs » de la Fiducie Desjardins. J’ai ainsi pu rejoindre une équipe très internationale dans sa composition et sa clientèle. On m’a donné la chance d’exercer plusieurs types de responsabilités, avec une clientèle entreprises et particuliers, et d’utiliser aussi bien mes compétences techniques que relationnelles. L’idéal pour éviter des tomber dans des routines de travail, confortables mais moins motivantes.

IQ : Quels sont les conseils que vous pourriez donner à un immigrant souhaitant s'intégrer au Québec ? Quels sont les premiers gestes que doit faire un nouvel arrivant au Québec ?

Au delà des premières contraintes administratives et de logement à passer, les premières actions importantes sont des actions d’intégration et de construction de réseaux, amical et professionnel. Sans négliger les actions « classiques » à poser pour une recherche d’emploi, il ne faut surtout pas hésiter à profiter de la vie, voire à dépenser un peu de son capital si on en a les moyens pour faire les activités que l’on aime et saisir toutes les opportunités de rencontrer du monde. C’est la voie idéale pour construire son réseau et c’est essentiel pour trouver du travail. Il faut toujours garder en tête que l’essentiel du marché du travail reste « caché » et fonctionne par références. Rester dans sa « bulle » en attendant d’avoir du travail n’est pas une stratégie gagnante.

Les activités sportives, artistiques ou culturelles sont à privilégier. Beaucoup de ces activités sont accessibles gratuitement ou pour un coût modique avec les associations locales et les ligues de garage dans les parcs ; intégrer une associations de bénévoles dans un domaine qui nous tient à cœur constitue aussi une autre possibilité pour rencontrer du monde. Il ne faut pas négliger non plus les rôles des associations destinées au immigrants qui peuvent fournir de l’aide importante à différents niveaux. Il est aussi toujours souhaitable de connaître les regroupements associatifs de professionnels qui existent dans son domaine d’activité afin de les intégrer.

IQ : Que vous inspire la phrase suivant : "nous voulons être des Québécois à part entière et non des Québécois entièrement à part" ?

Je ne connais aucun pays d’immigration ou ce type de question n’est pas soulevée et je ne m’attends pas à ce qu’elle disparaisse dans les prochaines décennies. Que l’on soit Québécois de souche ou Immigrant, Souverainiste ou Fédéraliste, cette question rejoint toujours les mêmes besoins humains d’identité et d’appartenance. Qu’est ce qui fait mon identité et le fait que j’appartienne au Québec ? : Mes parents ? Mon histoire ? Ma culture ? Mon amour pour le pays ? … Ces questions se posent pour tous les gens qui habitent ici ; elles se posent aussi pour les immigrants par rapport à leur pays d’origine. C’est aussi la beauté de l’immigration ; pour s’intégrer, il faut laisser tomber des barrières que nous pensions être des supports de notre identité.

Dans dix ans, je serais toujours « le Cousin » ou « le Français » dès que j’aurais prononcé 3 mots devant une personne que je viens de rencontrer. Mais pour mes amis Québécois ou d’autres origines je serais toujours « mon ami Fred » ; et pour mes collègues, un professionnel respecté. C’est ça le plus important.

IQ : Vous parlez de votre "première" expérience dans une caisse (une agence donc) du Mouvement Desjardins. Cependant l'immense majorité des immigrants au Québec semblent avoir beaucoup de difficulté à intégrer le marché du travail, à avoir cette "première" expérience d'emploi au Québec... Comment avez-vous contourné le problème et, d'ailleurs, l'avez-vous tout simplement rencontré ?

Oui, j’ai effectivement rencontré le problème qui peut se traduire sous la forme du « casse-tête » posé par les réponses habituelles des ressources humaines : lorsqu’on applique sur un poste correspondant à son niveau d’étude et d’expérience, « on n’a pas eu d’expérience au Québec pour pouvoir exercer ces responsabilités », et si l’on applique sur un poste de responsabilité inférieur, « on est surqualifié pour le poste » … Comme je l’ai déjà mentionné, c’est souvent la rencontre directe avec les personnes décisionnaires et la possibilité d’expliquer la problématique et nos objectifs qui permet de surmonter cette barrière. J’ai accepté de prendre un poste en dessous de mon niveau mais dans ma branche, avec des engagements respectifs de ma part et de mon employeur : moi en terme de respect d’un minimum de collaboration dans le temps avec eux, la Direction de la Caisse en terme de support à mon évolution si je fais mes preuves. Aucun de nous ne l’a regretté, mais c’est un risque à prendre pour les deux parties.

IQ : Vous parlez beaucoup du monde du travail au Québec, de l'importance des réseaux de connaissances. Cependant pas un mot sur les relations de travail, la gestion de l'autorité et de la hiérarchie par exemple. En effet il est souvent dit que le Québec, par rapport à l'Europe, a une approche plus directe et plus pragmatique des relations de travail. Un immigrant, lui aussi dans le monde de la finance, nous confiait que selon son expérience en Europe il est important de suivre les consignes, quitte à ne pas vraiment avancer dans ses dossiers, alors qu'au Québec il est important d'avancer, quitte à bousculer un peu les habitudes... Quel est votre sentiment à ce sujet ?

La différence de gestion de l’autorité et de la hiérarchie a été vrai pour beaucoup de mes ami(e)s ; c’est une réalité que je ne dénie pas et je ne me verrais pas me réadapter facilement à la gestion du travail « à la française » actuellement. Cependant, je ne suis pas le mieux placé pour commenter cette partie. J’ai en effet la chance de ne pas pouvoir appuyer personnellement cette remarque. J’ai travaillé dans une institution financière de taille mais où la hiérarchie n’a jamais été pesante ; je pouvais tutoyer la majorité des directeurs et dirigeants, et discuter autour d’une bière avec eux, aussi bien de travail, d’objectifs et de problématique rencontrés, que de loisirs.

Concernant l’importance prépondérante des consignes par rapport à l’avancement réel des dossiers, je ne peux absolument pas être en accord avec cela. C’est malheureusement une réalité internationale du monde du travail qui dépend des personnes et des équipes et que l’on retrouve tout autant au Québec. Beaucoup de gens sont « mono-tâche » et ne prendront jamais l’initiative de sortir des consignes, d’autres bousculeront plus facilement les règles établies. Par ailleurs, sur la gestion des dossiers, je ne pense pas que le pragmatisme l’emporte non plus. Le mode de gestion généralement plus consensuel de l’avancement des dossiers au Québec peut se révéler tout autant un frein à l’avancement de certains dossiers et à la prise de décision.

La différence plus importante que je perçois dans le monde du travail en général est la liberté beaucoup plus grande des gens. La liberté de faire ce que l’on a choisi, de changer facilement de poste, d’entreprise, de reprendre des études. Les employeurs attachent ici, comparativement à la France, une importance beaucoup plus grande à la compétence et à la bonne volonté qu’à un diplôme. La classification, ou plutôt la restriction, des gens dans un cadre pré-formaté lié aux diplômes et à la 1ère expérience est beaucoup trop forte et pesante ; c’est un mal typiquement français. Et la différence d’état d’esprit ainsi que l’encadrement légal sont tout aussi importants dans les facteurs explicatifs qu’un taux de chômage plus élevé.

Les différences du monde du travail sont aussi beaucoup plus marquées pour une femme que pour un homme. Le marché du travail québécois à des années d’avance sur la France concernant la reconnaissance des compétences, l’accès à des postes à responsabilités et l’équité salariale pour les femmes (même si le différentiel existe encore).

Interview réalisée par Michaël-Anthony Galvez en 2008.

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