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Publié le 17 juillet 2011

Un seul point fort ? Quelle question difficile !

Prénom : Anthony Grolleau-Fricard Pays d'origine : France

Anthony Grolleau-Fricard a souvent contribué aux travaux d'Immigrant Québec. Il partage son expérience et nous raconte son point de vue sur les différences entre la France et le Québec et sa "nouvelle" vie dans la Belle Province.

IQ : De votre pays d'origine, qu'est-ce qui vous a le plus manqué ?

Ma famille et ma terre. Je suis issu d'une vieille famille de pauvres paysans de Charente qui s'est accrochée à une colline au galbe envoutant, il y a maintenant plus de 100 ans. Les relations avec ma famille étaient très fortes. Et cette terre, cette ferme était la représentation concrète de cet amour.

Les amis. Dire au revoir à des amis sans savoir si ça sera un au revoir ou un adieu, c'est dur.

Je dois avouer qu'il y a eu des soirs où j'aurais eu goût de prendre ma voiture et d'aller voir mes amis ou ma famille... mais en tant que nouvel immigrant, ce n'était pas possible. Il m'aurait fallu traverser un océan... c'est dur à vivre parfois... et parfois, ce parfois devient un souvent.

Pour revenir à quelque chose de plus concret : la nourriture m'a le plus manqué. Les charcuteries surtout... j'en raffolais. Et ici les rillettes coutent une fortune !

IQ : S'il n'y avait qu'un point fort à retenir de la Province, lequel serait-il ?

Un seul point fort ? Quelle question difficile ! Je suis totalement conquis par ce pays et je pourrais facilement en citer des tas et des tas de points forts.

Bon, s'il ne devait y en avoir qu'un... ce serait les relations sociales. Elles sont déchargées de toute la pression hiérarchique ou de classe qu'on peut trouver en France. C'est très agréable. De plus, ce qui forcément plaît à un républicain comme moi, le tutoiement est omniprésent. C'est comme si la tutoiement révolutionnaire de 1793 avait trouvé sa place ici.

Attention, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de hiérarchie, mais le poids et les conséquences de cette hiérarchie sur les relations sociales au travail et dans la vie de tous les jours sont peu présentes. Ainsi, je tutoie mon boss, je tutoie rapidement les personnes que je rencontre et quel que soit leur âge, leur profession, leur niveau de richesse, leur statut social.

Oui décidément, c'est un des points forts.

IQ : S'il n'y avait qu'un défaut, lequel serait-il ?

Là aussi, difficile pour un vendu comme moi de trouver un défaut... cherchons bien... ah oui.. tout de même... en tant qu'historien, ce qui me désole c'est de voir que les Québécois connaissent mal leur histoire.  Pourtant, cette histoire est exceptionnelle, incroyable. C'est celle d'une nation, d'une identité qui se construit, qui trouve ses influences dans la France, l'Angleterre, les États-Unis et le Vatican et qui arrive, malgré toutes les embuches, à survivre et à devenir unique.

Il m'est avis que si les Québécois connaissaient mieux leur histoire, ils auraient voté oui en masse lors des deux référendums.

IQ : Vous avez étudié en France avant de venir au Québec, qu'est ce que l'expérience Française vous a apporté ?

Elle m'a apporté peu de respect pour les méthodes d'éducation à la Française qui, certes, jouent sur la connaissance, mais jamais sur le développement de la personnalité des enfants qu'elle encadre.

Néanmoins, je dois admettre que j'en suis le fruit et que le cartésianisme, une bonne maîtrise du Français sont ses atouts essentiels.

IQ : Vous travaillez aujourd'hui dans la province, comment décririez-vous le  marché de l'emploi au Québec ? Les relations de travail ?

Je pense que la relation au travail au Québec est une chose valorisée. Le Travail fait partie de la vie. Et si vous n'êtes pas satisfait de votre travail, il est simple de vous réorienter, d'aller voir ailleurs. Le marché du travail me semble être flexible. Il peut être difficile à appréhender quand on immigre parce qu'un nouvel immigrant, même bardé de diplômes, doit faire ses preuves et, donc, occupe souvent des postes subalternes ou qui ne sont pas en lien avec sa formation.

Les relations de travail ? Je ne peux parler que de mon expérience et elle est plus que positive. Mais je sais que des immigrants vivent des situations plus difficiles.

Pour ma part, j'ai trouvé un emploi dans le milieu des associations communautaire qui correspond à mes aspirations d'œuvrer pour le progrès social, à mon échelle, tout du moins. Si au début, les choses furent plus délicates - à cause de quiproquos, d'incompréhensions et de différences culturelles -, très vite mes collègues directs et plusieurs des employés de nos partenaires sont devenus des amis proches, des gens que j'apprécie au plus haut point, avec lesquels il est intéressant d'échanger. Par exemple, ma relation avec mon directeur est chargée d'une grande complicité et j'ai presque été adopté par sa famille.

Je n'ai donc que des bons mots pour les relations de travail au Québec... en tout cas, celles que j'ai eu la chance de connaître.

IQ : Que vous inspire cette phrase: nous voulons être des Québécois à part entière et non des Québécois entièrement à part.

J'aurais tendance à croire que cette phrase signifie que les Québécois veulent une reconnaissance de leur particularisme culturel, de leur identité nationale au sein du Canada, ou au sein d'une nation indépendante. Mais ils ne veulent pas pour autant être mis au banc du Canada sous prétexte qu'ils sont Québécois et souverainistes. Tant qu'ils sont dans la fédération canadienne, cette dernière a des responsabilités à leur égard. Le Québec est une province parmi les autres, même si différente à cause de son histoire, de sa population. Or, la lutte avec le pouvoir fédéral, à cause de ce particularisme culturel Québécois, est souvent difficile. Trudeau contre Lévesque. Le rapatriement de la constitution. Les pressions parfois illégales des Libéraux de Chrétien à la fin des années 1990 pour lutter contre l'idée d'indépendance du Québec...

Mais vous savez - et c'est un historien qui vous le dit - on peut faire dire une myriade de choses à une phrase comme celle là sortie de son contexte. Tout et son contraire !

IQ : Vous offrez une vision très sombre de la France d'aujourd'hui. Le tableau est-il si noir ?

Disons que je suis très critique à l'égard de la France. Le tableau est-il noir ? Je dirais qu'il est sombre, mais que les jolis pastels, le bleu de Poussin, ces couleurs lumineuses sont toujours là. Il aurait besoin d'être mis un peu plus en lumière, ou sur un autre mur pour être mis plus en valeur, pour lui rendre cette beauté qui m'a fait frissonner.

IQ : Vous parlez beaucoup d'intégration sans vraiment en parler directement. Selon vous quelles sont les clefs de l'intégration au Québec ? Quels conseils donner à un nouvel arrivant ? Les premiers gestes à poser ?

Selon moi, il y a plusieurs clefs nécessaires à l'intégration :

1 - Se dire qu'on arrive dans un autre pays et, donc, avoir assez d'ouverture d'esprit pour ne pas juger le pays et sa culture. J'ai souvent entendu des Français immigrés critiquer le Québec et les Québécois et il m'a souvent semblé que c'est parce qu'ils plaquaient des grilles de lecture et d'analyse très nombrilistes et françaises sur cette société qui les accueille. Il faut donc être tolérant. Prendre le temps avant d'émettre des jugements. Savoir s'ouvrir à la différence.

2 - Briser les mythes. Il y a de nombreux mythes qui existent sur le Québec en France. Le premier d'entre eux est celui que le Québec c'est la France en Amérique. C'est totalement faux. Les Québécois ne sont pas des Français. Ce sont des Nord-Américains avant tout, avec une culture et des relations humaines bien différentes.

3 - Ne pas s'attendre à être reçu en héros parce qu'on a des diplômes Français, ou une grande expérience. Qui que vous soyez, quelque soit votre âge, il y a de fortes chances pour que vous ayez à faire vos preuves sur le marché du travail québécois. D'ailleurs trop de diplômes peut être un désavantage sur le marché du travail.

4 - Se dire que si nous parlons le Français, nous ne parlons pas la même langue. En effet, les mots, les tons employés ont des connotations, sont chargées de valeurs bien différentes en France et au Québec. Cela peut être source de quiproquos importants, voire de tensions et difficultés. Le meilleur exemple est celui du mot lunatique. Au Québec, le mot lunatique a un autre sens que celui en France. Si en France on l'utilise pour vouloir dire avoir une humeur changeante, avec un sens péjoratif évident - se faire traiter de lunatique c'est tout sauf positif -, au Québec, lunatique signifie être tête en l'air, ce qui est bien différent. Les exemples foisonnent.

5 - Se dire qu'on arrive avec une image : celui du maudit Français. Ça va donc être à soi de faire ses preuves, de montrer qu'il ne faut pas nous mettre dans cette catégorie là, qu'on est ouvert et intéressé par ce pays. Qu'on veut en faire partie.

Ensuite... il y a le hasard des rencontres et des choses très personnelles liées à ce que cherche l'immigrant en venant au Québec...

Entrevue réalisée par Michaël-Anthony Galvez en 2007.

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