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Étudier à l’âge adulte : démythifier les idées reçues

Publié le 20 août 2020
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La pandémie de Covid-19 aura eu le mérite de questionner beaucoup de personnes sur leurs attentes, tant sur le plan professionnel que sur certains choix de vie. Parmi ces personnes ont profité du confinement ou de la perte d'un emploi pour se perfectionner ou acquérir de nouvelles compétences, des loisirs se sont transformés en emplois. Si la question des études et de l'apprentissage à l'âge adulte n'a pas toujours été de soi, elle n'a, peut-être, jamais été aussi actuelle.

Selon un sondage réalisé en 2016, déjà, 55 % des Québécois avaient le souhait de changer de mode de vie ou de travail (Source : Léger). Mais pas toujours facile de transformer sa réalité lorsqu’on a une carrière bien entamée derrière soi, ou une famille à nourrir.

Pourtant, ils sont de plus en plus nombreux à sauter le pas pour reprendre des études. En la matière, le Québec propose pléthore de formations, à l’université ou dans le cadre d’un cursus professionnalisant, à temps plein, en cours du soir, ou ponctuellement, le tout à des prix très variables.

Se réaliser en tant que personne  

Alors, qui sont ces nouveaux étudiants qui choisissent, à trente, quarante ou cinquante ans, de reprendre le chemin de l’école ? « Ce qu’il faut comprendre, c’est que les gens qui effectuent un retour aux études ont tous les âges, tous les parcours, tous les niveaux », explique Catherine Gascon, de la Faculté de l’éducation permanente de l’Udem, qui accompagne chaque année plus de 15 000 étudiants âgés, en moyenne, de 32 ans.

Parmi eux, il y a Joëlle Cossette qui a presque 30 ans et déjà plusieurs années d’expérience professionnelle derrière elle. « À 18 ans, j’ai arrêté le cégep car je croyais que l’école n’était pas faite pour moi. J’ai fait un DEP pour devenir massothérapeute. Et puis le temps a passé et ce métier ne m’apportait plus assez de défis. »

Après quatre ans dans cette profession, elle a décidé de donner une seconde chance aux études et de se lancer dans un baccalauréat en relations industrielles. Mme Cossette n’a plus l’âge de demander de l’aide à sa famille. Aussi, pour financer son projet, qui lui coûte près de 3 000 $ CAN par session, elle a contracté un prêt, travaille à mi-temps comme conseillère cosmétique dans un Jean Coutu, et vit chichement. Son rêve est à ce prix.

Selon, Maryse Lachance, conseillère d’orientation basée à Montréal, la stratégie professionnelle de Mme Cossette est symptomatique. « Il y a 10 ou 20 ans au Québec, les gens cherchaient la sécurité avant tout. Maintenant, on travaille davantage pour se réaliser en tant que personne. On veut que notre travail ait un sens et qu’il contribue à notre développement personnel. »

Le syndrome de l’imposteur

Pendant plusieurs mois, Mme Cossette a suivi des cours de remise à niveau pour intégrer ce baccalauréat. « C’était un saut dans l’inconnu. Après tout, je n’étais jamais allée à l’université. Je ne savais pas si je serais capable de suivre. Je craignais de ne pas avoir les capacités d’analyses et de rédactions nécessaires », s’amuse celle qui a finalement obtenu d’excellentes notes durant son parcours.

Comme elle, Laura Peyre, 30 ans, a choisi d’abandonner son métier d’intervenante psychosociale pour réaliser son rêve : créer le Salon Sucré, un service de salon de thé et pâtisserie à domicile. Elle a suivi des cours du soir pendant plus d’un an et reconnaît avoir beaucoup douté. « Je souffrais d’un syndrome de l’imposteur. Moi, légitime pour faire payer un de mes gâteaux ? Je faisais déjà des pâtisseries à mes amis, mais de là à en faire un métier. »

Joëlle Cossette et Laura Peyre, font partie des nombreux adultes qui s’inquiètent de leur capacité à redémarrer une formation. Un comportement fréquent selon Maryse Lachance.  « J’observe que chez les personnes que j’accompagne, il y a toujours un moment où ils doivent faire face à un fort sentiment d’anxiété, qui peut être le fruit de croyances. Par exemple, quelqu’un va se dire qu’il n’est pas assez bon, ou qu’il ne peut pas changer de carrière pour telle ou telle raison. »

Acceptation sociale 

Au-delà de l’opinion de soi, le retour à la formation soulève bien d’autres questions. Cela peut-il entacher une carrière ? Que vont en penser les proches ? Comment choisir la bonne formation ? « Avant d’effectuer un retour aux études, il est important pour la personne de se connaître, de s’assurer que la formation envisagée correspond au marché du travail, mais surtout à ses valeurs. On voit trop souvent des gens qui souhaitent se réorienter vers telle ou telle profession valorisée socialement, alors que celle-ci ne correspond pas du tout à leurs envies », ajoute Mme Lachance. « Mais en général, une fois que la personne se connaît, elle trouve très facilement la formation qu’il lui faut. »

Un processus facilité, selon elle, par le contexte québécois : « culturellement, au Québec, faire plusieurs métiers dans sa vie, continuer à se perfectionner ou effectuer un changement à 180° sont des comportements plutôt bien acceptés »Y compris lorsqu’on passe d’un métier de col blanc à un métier manuel ou artisanal. « J’observe aussi que contrairement à certaines cultures qui mettent les études universitaires sur un piédestal, la formation professionnelle est bien considérée ici ».

C’est peut-être cette mentalité qui a poussé la journaliste montréalaise Marie-Christine Blais à abandonner son métier à 52 ans, pour devenir mécanicienne. « Après 25 ans derrière un ordinateur, j’avais besoin de faire quelque chose de mes mains », a-t-elle déclaré à plusieurs reprises dans la presse québécoise.

Une réorientation originale et pas si surprenante pour Maryse Lachance. « Parmi mes clients, j’ai eu un chef d’entreprise qui, en fin de carrière, a décidé de se former pour devenir fleuriste ». Cette spécialiste de l’orientation constate que le phénomène est surtout présent chez ceux qui s’approchent de la retraite. « D’une certaine manière, c’est un peu plus facile pour eux. Ils n’ont plus grand-chose à prouver et se réjouissent de transformer une de leurs passions en gagne-pain pour continuer d’être actifs ».

Transformation du monde du travail

Alors, ce retour à la formation n’est-il que la conséquence d’une quête individuelle ? Pas seulement, répond Sid Ahmed Soussi, sociologue du travail et professeur à l’UQÀM. Pour lui, le phénomène a aussi beaucoup à voir avec les mutations que subit le monde du travail dans les pays du Nord, depuis 15 ou 20 ans.

« Ces dernières années, il est de moins en moins courant de voir les gens effectuer une carrière linéaire dans une seule entreprise, en s’appuyant uniquement sur les compétences acquises lors de leur formation initiale. Même chez les travailleurs hautement qualifiés, tels que les ingénieurs, les développeurs de logiciel ou les journalistes, on observe une vie professionnelle plus discontinue ».

En d’autres termes, les travailleurs d’aujourd’hui auraient davantage tendance à butiner, d’une entreprise à l’autre. Conséquence, ils seraient tentés de se former toujours plus, via des programmes longs ou très ponctuels, pour diversifier leur portfolio de compétences et demeurer employables. « C’est ce qu’on appelle la formation tout au long de la vie », continue M. Soussi.

Formation continue

Tayaout Nicolas, 54 ans, est un adepte de cette « formation tout au long de la vie ». Photographe depuis ses 15 ans, il s’est formé pour devenir caméraman, puis ingénieur du son, directeur photo et spécialiste des réseaux sociaux. Depuis quelques années, il donne aussi des cours particuliers à des adultes. « Dans ma clientèle, j’ai des gens de 17 à 70 ans qui envisagent de changer de métier ou qui travaillent déjà dans l’audiovisuel et qui souhaitent se concentrer sur une compétence précise, comme la maîtrise de Photoshop [logiciel permettant de retoucher des photos NDLR]. » Des compétences qui ne nécessitent pas forcément une formation intensive, longue ou coûteuse. « S’ils sont motivés et qu’ils pratiquent chez eux, quelques cours de temps à autres peuvent suffire. »

Mais pour Tayaout Nicolas, cette motivation n’est pas toujours au rendez-vous. « Mes clients les plus récalcitrants, ce sont les quarantenaires qui ne sont pas là par choix, mais parce que leur employeur les a encouragés à prendre une formation, ou parce qu’ils sont en recherche d’emploi et savent que théoriquement, telle ou telle compétence peut les aider, mais que le cœur n’y est pas ».

La motivation, c’est aussi un élément clef pour Abdellatif R. Depuis trois mois, chaque dimanche de 8h30 à 16h30, il participe à une formation pour devenir entrepreneur. « Il faut une certaine énergie pour travailler toute la semaine et retourner à l’école en fin de semaine. Depuis le début de la formation, le groupe a un peu diminué », s’amuse-t-il.

Dans cette formation, certains participants ont 30 ans, d’autres 65. Leur objectif : échapper au salariat à moyen terme, en créant leur propre entreprise. Selon lui, allier travail et formation est une option qui permet d’éviter la précarité économique que peut engendrer le retour aux études. Pour autant, ce n’est pas sans risque. « Se former en dehors des heures de travail, c’est accepter qu’à un moment on peut se retrouver surbooké, et que cette pression peut rejaillir sur la famille ».

Avec trois enfants en bas âge, Aline Do Minh, qui a repris ses études à l’université McGill après 10 ans dans le secteur des biotechnologies, reconnaît à ce titre qu’il n’est pas si simple d’allier vie de famille et reprise d’études. « Si mon mari n’avait pas été là pour gérer les bains, les repas et les sorties le week-end, j’aurais beaucoup de difficulté ».

Un soutien familial qui, en fin de cursus, se transforme souvent en fierté. Catherine Gascon de la Faculté de l’éducation permanente le confirme : « en fin d’année, chez nous ce sont les enfants qui viennent applaudir les parents »Une belle victoire pour ceux qui, décidément nous rappellent qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre.

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Article tiré de notre webmagazine gratuit Retourner aux études à l'âge adulte, paru à l'été 2018.

Auteur : Camille Teste
Diplômée de Sciences Po Paris, Camille travaille comme journaliste depuis quatre ans, en presse écrite et à la télévision. Passionnée par les voyages et par l'actualité internationale, Camille a travaillé au Liban, au Royaume Uni, en France et au Maroc avant de s'installer à Montréal.
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