L’hiver au Québec : comment préserver son bien-être malgré le froid

L’hiver québécois, long, froid et humide, finit inévitablement par jouer sur le moral, que l’on soit né au Québec ou ailleurs. Comment garder le moral et favoriser son bien-être malgré la grisaille ?
De novembre à mars, il est courant de ressentir une baisse d’humeur étant donné que les journées raccourcissent et que la lumière se fait plus rare. Certaines personnes vont même souffrir du trouble affectif saisonnier (TAS), caractérisé par une tristesse persistante, des difficultés de concentration, un manque d’énergie et un changement des habitudes de sommeil.
Le manque de luminosité en hiver perturbe l’horloge interne du corps et provoque des changements dans la production d’hormones, soit la sérotonine et la mélatonine, qui sont essentielles à la régulation de l’humeur. Bien que seulement 2 % à 3 % de la population soient touchées par des symptômes graves, 15 % des Canadiens disent avoir déjà ressenti des symptômes légers du TAS.
Les personnes immigrantes peuvent aussi ressentir ces effets, observe Marina Doucerain, professeure au Département de psychologie à l’Université de Montréal. « Les gens qui sont nés ici, qui ont grandi ici, ont développé toutes sortes de manières de gérer avec ça », souligne-t-elle. En effet, les habitués des longs hivers vont sortir malgré le froid, créer des rituels à l’intérieur comme à l’extérieur, se rassembler entre amis. « Les personnes qui arrivent n’ont aucun de ces outils et se retrouvent donc plus démunies », constate la professeure.

Le bien-être émotionnel, une priorité

Immigrer au Québec, c’est donc s’adapter à l’hiver et contrer les effets moins désirables de cette saison, sans compter qu’il faut être dans de bonnes dispositions pour accomplir toutes les tâches reliées à l’installation. Pour Marina Doucerain, il est primordial de s’intéresser au bien-être avant tout.

Dans une étude qu’elle a menée en 2023 et publiée dans la revue scientifique Personality and Social Psychology Bulletin, elle constate qu’une meilleure santé mentale pourrait aider les personnes immigrantes à mieux s’intégrer à leur arrivée plutôt que l’inverse. La croyance dominante en psychologie interculturelle suggère plutôt qu’une personne immigrante bien intégrée dans sa société d’accueil jouirait d’une meilleure santé mentale.
 

À cet égard, Marina Doucerain insiste sur la nécessité d’un meilleur soutien émotionnel pour les personnes immigrantes afin qu’elles puissent contrer la solitude, l’isolement et mieux gérer le stress.

« C’est difficile d’être relativement correct dans sa peau pour faire une bonne recherche d’emploi, se présenter à une entrevue, passer à travers toutes les annonces pour trouver un logement, soutient la professeure. L’hiver complique les choses ».

Créer des contacts sociaux

Les nouveaux arrivants, ayant perdu leur tissu social et leurs repères, auront parfois tendance à s’isoler, et cela est d’autant plus vrai en hiver. Or, les contacts sociaux sont un ingrédient essentiel afin de favoriser son bien-être.

« Quand les gens ont la chance de rencontrer quelqu’un qui est établi, parfois d’autres personnes immigrantes qui sont ici depuis longtemps, c’est très positif, car ils ont vécu la même chose et comprennent quelles sont les difficultés », fait remarquer Marina Doucerain. Créer des liens avec des personnes de la culture dominante qui tendent la main, font preuve d’ouverture, est également bénéfique.

Persévérer sous les flocons

« Le premier hiver, c’est le plus dur », clame la professeure, qui est elle-même immigrante. Mais ça s’améliore avec le temps, rassure-t-elle. « Développer des relations sociales avec les Québécoises et les Québécois, ça prend du temps, de la patience et de la persévérance ».

Pour apprivoiser l’hiver, il est conseillé de passer un peu de temps chaque jour au soleil à l’extérieur, avec le bon équipement. Pratiquer des sports d’hiver, comme le patinage (à l’aréna si le climat est trop glacial), la luge, voire une promenade dans le quartier fait du bien au moral. De nombreux organismes de soutien offrent d’ailleurs des activités gratuites à l’intérieur comme à l’extérieur, ce qui peut être une bonne porte d’entrée pour créer des liens sociaux, aussi bien avec des personnes immigrantes que des Québécois.

Car peu importe le temps qu’il fait dehors, tempête ou froid de canard, on peut toujours trouver du réconfort auprès des autres.

Photo : Getty Images/Unsplash+

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Marie-Anne Dayé

Journaliste indépendante, Marie-Anne Dayé s'intéresse notamment aux questions migratoires et aux enjeux sociaux. Bien qu'elle affectionne particulièrement le reportage écrit, elle aime aussi raconter des histoires et décortiquer des sujets par le biais de photos et de vidéos.
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