Relance temporaire du PEQ : et maintenant ?

Durant la campagne pour la chefferie de son parti et le poste de premier ministre, qu’elle a finalement remportée, le 12 avril 2026, Christine Fréchette en avait fait une de ses promesses-phares. Le jour même de la présentation de son cabinet, elle a chargé officiellement son nouveau ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, François Bonnardel, de ressusciter pour deux ans le défunt Programme de l’expérience québécoise (PEQ), avec la volonté de proposer une « approche plus humaine » de l’immigration.

Si la confirmation de la relance prochaine du PEQ pour une durée de deux ans a été majoritairement saluée, l’étendue et la mise en œuvre concrète de la mesure soulèvent encore plusieurs questions.

Quoi ?

La première question qui se pose concerne l’étendue de la relance. Le PEQ comportait deux volets, celui des Diplômés du Québec et celui des Travailleurs étrangers temporaires.

Si les deux volets ont été abolis ensemble, le 19 novembre 2025, le volet Diplômés était gelé depuis le 31 octobre 2024, tandis que le volet Travailleurs l’était depuis le 5 juin 2025 seulement.

Or, on ignore encore si le gouvernement relancera ces deux volets ou seulement le volet Travailleurs.

Qui ?

La question de l’admissibilité des demandeurs est sans doute la plus brûlante. Mme Fréchette avait évoqué, durant sa campagne, vouloir « offrir une clause de droits acquis à ceux qui n’avaient pas encore postulé au programme au moment de sa fermeture ».

Une interprétation littérale de cette approche exclurait donc les personnes qui se seraient qualifiées après le 19 novembre 2025 pour se concentrer sur d’autres qui ne remplissent peut-être plus les critères d’admissibilité historique du programme.

On pense notamment aux critères d’emploi (être en emploi à temps plein — ou diplômé d’un établissement admissible), et de résidence (résider au Québec avec un statut légal au moment de présenter sa demande de sélection permanente).

Or, les personnes qui étaient admissibles au PEQ le 19 novembre 2025 qui ont été depuis contraintes de quitter leur emploi et le territoire, faute d’avoir pu maintenir un statut au Canada, pourront-elles se qualifier au nouveau PEQ ?

Quand ?

Si les détails du calendrier de relance du PEQ ne sont pas encore connus, on s’interroge déjà sur la façon dont vont être traitées les demandes qui seront reçues par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration.

En l’absence d’informations claires, à ce stade, sur la réouverture d’un ou des deux volets du PEQ, sur les limitations et les critères d’admissibilité éventuels qui seront imposés — et surtout sur les intentions réelles des personnes immigrantes concernées, qui ont peut-être pour certaines déjà tiré un trait sur leur projet de vie ici, il est tout simplement impossible d’avancer une estimation fiable du nombre de personnes effectivement admissibles qui présenteront leur demande.

Toutes les demandes reçues seront-elles traitées à l’intérieur de six mois, comme le stipulait l’ancienne norme de service su MIFI ? L’exemple récent du PSTQ et des statistiques qu’il affiche (délais de traitement des demandes reçues des personnes invitées, nombre de Certificats de sélection du Québec effectivement émis depuis juillet 2025, etc.) ne sont, en tout cas, guère rassurants.

Ce que l’on sait, c’est que la première ministre a confirmé son intention de respecter les cibles d’admission, fixées à 45 000 nouveaux résidents permanents par année — dont 29 000, et c’est le chiffre à retenir ici, relevant de l’immigration économique, celle qui intéresse les candidats au PEQ. En théorie, donc, peu de places pour, potentiellement, beaucoup d’élus, qui devront donc certainement patienter avant de recevoir leur Certificat de sélection du Québec — et trouver un moyen de conserver un statut pour demeurer sur le territoire en attendant.

Comment ?

De ce point de vue, la récente mesure du gouvernement fédéral de prolonger jusqu’à 12 mois le permis de travail de certains travailleurs étrangers temporaires au Québec n’offre pas de réponse adéquate à la situation.

Certes, cette mesure vise le PSTQ, et non un « PEQ ressuscité » ; mais elle est surtout réservée, en l’état, aux titulaires d’un permis de travail fermé qui ont reçu une invitation à présenter leur demande dans le PSTQ. Elle n’offre donc pas de réponse aux candidats à venir dans le PEQ.

La question de la cohabitation de ce nouveau PEQ et de la voie régulière du Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) est également posée, même si le bassin des déclarations d’intérêt dans le PSTQ a certainement capté un grand nombre des personnes admissibles au PEQ au moment de son abolition — et qui le seront a priori à nouveau, avec le retour du programme.

Cette cohabitation (de même que le traitement des arriérés de l’ancien PRTQ et du PEQ avant son gel) risque surtout d’ajouter au ralentissement des émissions de CSQ — à moins que le gouvernement ne décide de prioriser les nouveaux « repêchés du PEQ »…

Affaire à suivre.

Photo : Getty Images/Unsplash+

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Basile Moratille

Directeur des contenus et des publications, Immigrant Québec.
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