Visages du Québec : Nimâ, le militantisme dans la peau

Épidémiologiste, militante, enseignante et politicienne, Nimâ Machouf porte plusieurs chapeaux. Ses nombreux intérêts et passions la guident dans sa vie professionnelle et personnelle, portant un dénominateur commun : une quête de liberté et la défense des droits de l’homme.

Cette soif de liberté ne date pas d’hier. Dès son adolescence, Nimâ a goûté au militantisme et, à 60 ans, cette pulsion ne s’est toujours pas tarie. Mais avant tout, elle a découvert les migrations, qui l’ont emmenée à Montréal, puis en Iran, vers ses racines. 

Ses parents, qui étaient partis étudier en France, où Nimâ est née, ont choisi Montréal afin de poursuivre leurs études. L’appel de leur pays d’origine, l’Iran, était toutefois très fort. « Nos parents étaient très impliqués dans la politique iranienne et avaient ce sentiment d’appartenance au pays », dit-elle. Enfant, lorsqu’elle se disputait avec sa fratrie, elle sortait sa valise de sous le lit et disait : « Moi, je m’en vais en Iran ! », raconte-t-elle en riant. « C’était un refuge. Toute la famille était là-bas, on était les seuls à l’extérieur, isolés. Notre lieu de réconfort a toujours été l’Iran. »

C’est à l’âge de 8 ans que Nimâ découvre l’Iran pour la première fois. À l’époque, le shah Mohammad Reza Pahlavi était au pouvoir, reconnu pour la répression des opposants à son gouvernement. « J’ai été politisée avec la Révolution, en 1979, à l’âge de 13 ans, car il n’y avait pas de liberté d’association politique, de protestation.

« À 18 ans, j’avais déjà été arrêtée trois fois et j’avais été expulsée de l’école. Je n’avais pas le droit de quitter le pays, je n’avais pas de passeport et mon père était en prison. La situation était devenue très dangereuse, donc j’ai dû quitter ».

« Il y avait uniquement un parti politique. Les gens demandaient un peu de liberté », se souvient-elle. Sa famille et elle se sont rangées du côté de la Révolution, mais lorsqu’ils ont constaté que la situation était « pire », dit-elle, sous le nouveau régime islamique de Khomenei, ils ont opté pour le camp de l’opposition.

C’est ainsi que par des moyens détournés, sa sœur et elle sont venues au Canada, laissant leurs parents et leur frère derrière elles.

Le Québec, une bouffée de liberté

« J’arrivais d’un endroit où tu n’avais pas le droit de parler, où il fallait que tu te caches. […] Être capable d’aller dans une bibliothèque et lire n’importe quel livre, c’était libérateur. Je n’en revenais pas que j’étais capable de faire ça et de voir toutes les possibilités qu’on avait devant nous dans un monde où il n’y a pas de répression ».

Nimâ constate que c’est lorsqu’on est en voie de perdre nos acquis que l’on se mobilise.

Engagée un jour, engagée toujours

Son engagement social et politique n’est pas resté en Iran, il a voyagé avec elle jusqu’au Québec. C’est ici qu’elle a découvert la solidarité internationale et la lutte pour l’environnement, entre autres. 

Elle milite actuellement auprès de l’Association des femmes iraniennes de Montréal dans le but notamment de leur faire connaître leurs droits et les ressources qui sont disponibles au Québec. Elle est aussi engagée dans la politique québécoise — anciennement conseillère municipale au sein de Projet Montréal, candidate du Nouveau Parti démocratique (NPD) dans Laurier–Sainte-Marie, et membre de Québec solidaire. « La politique est encore dans mes projets parce que la société est dans mes projets », dit-elle.

« Une partie du travail qu’on peut faire et de l’apport qu’on peut amener est dans la maison, le quartier, les différentes associations où on est actifs, mais aussi sur le plan politique. »

Ce qui la rend le plus fière ? Le travail qu’elle a réalisé durant la pandémie en tant qu’épidémiologiste, où son expertise a été largement sollicitée. Aujourd’hui, elle se concentre sur la recherche, ainsi que sur la prochaine flottille pour la liberté qui a pour objectif d’exiger à Israël la fin de son embargo sur Gaza.

Infatigable, cette mère de trois filles et militante acharnée utilisera sans aucun doute sa liberté de parole tant et aussi longtemps qu’il y aura des droits à défendre.

Photo : Babak Salari

Image de Marie-Anne Dayé

Marie-Anne Dayé

Journaliste indépendante, Marie-Anne Dayé s'intéresse notamment aux questions migratoires et aux enjeux sociaux. Bien qu'elle affectionne particulièrement le reportage écrit, elle aime aussi raconter des histoires et décortiquer des sujets par le biais de photos et de vidéos.
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