Éducation au Canada : Qu’appelle-t-on « l’école à trois vitesses » ?

Au Québec, l’éducation des enfants âgés de 6 à 16 ans est obligatoire. On compte trois niveaux de scolarité : le primaire (incluant l’enseignement préscolaire ou la maternelle 4 ou 5 ans), le secondaire et le collégial (cégep). Or, même si le système d’éducation jouit d’une bonne réputation au Canada, il comporte certaines particularités, dont le phénomène que l’on nomme « école à trois vitesses ». De quoi s’agit-il et comment cela peut-il influencer l’éducation des enfants, notamment immigrants ou issus de l’immigration ?

Les types d’écoles au Québec

Commençons par un aperçu des différents établissements scolaires auxquels il est possible d’inscrire son enfant.

L’école publique. Au public, on compte deux types de parcours.

  • Un programme classique dit « régulier » ;
  • Des programmes pédagogiques particuliers ou enrichis qui varient selon les écoles (programme d’éducation internationale, programme enrichi en arts, en sciences ou en anglais, sport-études, etc.). Ces programmes sont souvent réservés aux élèves les plus doués. Ils exigent la plupart du temps une contribution parentale (entre 1 220 $ et 14 000 $ en moyenne).

L’école privée. Le programme offert répond aux mêmes exigences que celui des écoles publiques, notamment quant au choix de la langue d’enseignement. Cependant, l’école privée n’est pas soumise à la carte scolaire, c’est-à-dire que les étudiants ne sont pas choisis en fonction de la proximité géographique de leur résidence. Pour y être admis, un élève doit être sélectionné après avoir passé des tests d’admission. L’accès aux établissements privés francophones est payant, mais puisque la province du Québec offre une subvention pour chaque élève qui la fréquente, il en coûte en moyenne 5 000 $ par an aux parents pour y inscrire un enfant. L’école privée anglophone, quant à elle, n’est pas subventionnée, ce qui élève la moyenne annuelle à 20 000 $.

Sachez enfin qu’au Québec, il existe des écoles particulières qui ne sont pas soumises au même programme scolaire que les écoles publiques ou privées : les écoles dotées de programmes de francisation, les établissements à caractère religieux, les écoles qui appliquent les programmes scolaires d’autres pays, les écoles à orientation artistique, scientifique ou internationale, les écoles spécialisées pour des besoins particuliers ou les écoles alternatives.

Pourquoi parle-t-on d’un système d’éducation à trois vitesses ?

L’expression « école à trois vitesses » réfère aux trois entités présentes dans le système d’éducation québécois : d’un côté le programme régulier et les programmes particuliers, qui relèvent tous les deux de l’école publique, et de l’autre côté l’école privée.

Pour contrebalancer l’attrait des établissements privés et séduire un plus grand nombre d’élèves, les écoles publiques développent de plus en plus de programmes particuliers, ce qui contribue à exacerber les inégalités sociales. Ce phénomène est plus marqué au secondaire, car les écoles privées et les programmes particuliers des écoles publiques attirent majoritairement les élèves les plus performants ou ceux issus de milieux socioéconomiques plus aisés.

Quels sont les impacts de ce système d’éducation ?

D’abord, ce clivage entraîne une décroissance de la mixité dans les classes du réseau public, reproduisant les inégalités sociales présentes dans la société. Dans une classe, les élèves performants poussent généralement les moins performants à faire mieux. Or, les classes ordinaires du réseau public concentrent plus d’élèves défavorisés ou moins forts sur le plan académique, tandis que les plus doués et les plus privilégiées sont souvent réunis au sein du réseau privé ou des programmes particuliers des écoles publiques. Conséquence : la motivation des élèves moins performants s’en trouve affectée, ce qui accentue les disparités de réussite et les taux de décrochage scolaire dans les milieux défavorisés.

15 % des élèves des classes ordinaires vont à l’université, contre 51 % des jeunes du public enrichi et 60 % de ceux du privé, selon une étude de Pierre Canisius Kamanzy, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, citée dans Le Devoir*.

Dans ce contexte, et en gardant en tête l’adaptation à laquelle les jeunes nouveaux arrivants doivent déjà faire face, l’intégration et le soutien des élèves en milieu scolaire sont des aspects à ne pas négliger.

Photo : Paolo Candelo

Image de Raphaële St-Laurent Pelletier

Raphaële St-Laurent Pelletier

Diplômée en rédaction professionnelle et en études littéraires à l’Université Laval, Raphaële cumule plus de 10 ans d’expérience en rédaction pour différents magazines et pour le Web. Elle manifeste un vif intérêt pour les arts et la culture, qui comblent en grande partie ses temps libres!
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